‹ Histoire de FranceChapitre 22 sur 339 · LIVRE I — DAGOBERT · texte numérisé non relu

LIVRE I — DAGOBERT

du temps: aussi, depuis les bœufs et les moutons, jusqu'aux oies et aux abeilles, chaque espèce d'animaux est l'objet d'un chapitre spécial. Ceux qui errent sans défense clans les pâturages et dans les bois sont protégés par de plus fortes amendes : une pièce d'or pour la clochette d'une vache, douze pour la jument qui mène la troupe, douze pour qui disperse un troupeau de porcs à la glandée. Le porcher se reconnaît à sa trompe ; amende triple pour qui le frappe ou le tue. Respect aux arbres des forêts et au gibier qui les peuple ; à plus forte raison, aux chiens de. meute , aux faucons et au cerf apprivoisé , dressé pour la chasse. Défense d'obstruer les chemins ou les sentiers, de salir les fontaines, d'établir des barrages ou des moulins causant des inondations.

XL VI. Dans ce tarif, où chaque faute a son prix d'argent, Dagobert prend par leur faible ces hommes de meurtre et de sang, qui pour un peu d'or se jouent de leur propre vie. Punissant les enfants du coupable, apaisant ceux de la victime, il coupe court à ces vengeances implacables qui souvent arment l'une contre l'autre des familles entières. D'ailleurs ces amendes sont considérables. La monnaie n'est pas commune depuis les invasions, et, faute d'argent, le coupable payera de ses biens. Une vache ne sera reçue que pour une pièce d'or ; un bœuf ayant bon pied, bon œil et bonne corne, pour deux; le cheval, si cher au guerrier, pour six ; son épée avec son fourreau, pour sept ; et la plus précieuse de ses armes, sa cuirasse, pour douze. Le compagnon du chasseur, le faucon, s'il est bien dressé, vaut à lui seul autant que douze vaches. Ainsi pour un seul crime, le coupable pourra être dépouillé de ses troupeaux et de ses armes ; quand tous ses biens y auront passé, et que ses parents refuseront de payer pour lui , il ne lui restera souvent, pour n'être pas vendu ou mis à mort , qu'à se réfugier sous les portiques d'une église. Il y trouvera un abri contre la colère d'un ennemi, mais non contre la justice des lois. Là commence pour lui une nouvelle expiation : séparé par ses méfaits de la communion des fidèles, il n'y rentrera que par une péni-

tence rigoureuse : un an pour le vol ; trois ans pour l'enlèvement d'un homme libre; sept ans pour le meurtre, l'adultère et le parjure. Il jeûnera ; il ira sans chaussures, sans cheval, sans armes. De l'épée qui averse le sang sera forgée une ceinture de fer qu'il portera le reste de ses jours, et, si son péché est monstrueux, il ira mendiant et nu-pieds implorer jusqu'à Rome l'absolution du souverain pontife.

XLVII. Le roi et l'Eglise se donnant la main pour punir les brigands, les campagnes se couvrent bientôt de colons, qui se groupent autour des abbayes, à l'ombre d'un petit fort ou d'une tour. Au lieu des villas romaines, fermes isolées, se forment de nombreux villages, où les habitants se soutiennent mutuellement, et ont le droit d'accepter ou de refuser les nouveaux venus. Les moines donnent l'exemple : leurs champs et leurs vignes sont les mieux cultivés. Leurs serfs sont les plus heureux; ils ont, de père en fils, leur maison et leur terre à condition de travailler trois jours pour l'Église et trois jours pour eux. Lés colons sont encore plus favorisés ; ils ne payent chaque année qu'un porc, quatre ou cinq poulets, de quinze à vingt œufs , la dixième gerbe de blé , le dixième rayon de miel, et, suivant le climat, une mesure de vin ou de bière. Mais ils sont tenus de défricher leur terre, de labourer un champ suffisant, de faucher un pré d'un arpent, et, si le raisin mûrit, de planter une vigne. De plus, ils feront les transports de bois, de pierre et de chaux pour l'entretien ou l'agrandissement du monastère.

XL VI IL Le dimanche et les fêtes, repos pour tous, même pour les attelages. Si l'homme libre fait travailler son serviteur, il sera d'abord réprimandé, puis il perdra le tiers de ses biens, puis il sera lui-même vendu comme esclave, n'ayant pas voulu servir Dieu un seul jour. La vie de l'esclave est moins précieuse que celle de l'homme libre, et ne se paye que trente-six pièces d'or; mais en échange, comme il est pauvre, il ne payera pas plus s'il tue un homme libre. L'Église a pour lui la même indulgence, et, par égard pour sa vie dure, diminue ses pénitences de moitié. Aux jours de danger, elle lui offre

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