‹ Histoire de FranceChapitre 211 sur 339 · LIVRE V — HENRI III · texte numérisé non relu

LIVRE V — HENRI III

ment de Varsovie, et échappa sans regret à ses turbulents amis qui le poursuivaient l'épée à la main (1574). A leur capricieuse affection il préféra le trône héréditaire de France ; il laissait le sien au hasard des élections , privilège trompeur et fatal en un siècle sans vertus. De même que la Hongrie et la Bohème étaient tombées sous le joug de la maison d'Autriche , de même la Pologne , rejetée par la France, allait devenir une dépendance de la Suède et de la Russie , et , sous prétexte de liberté intérieure , perdre à jamais son existence nationale.

CXVI. Mou, délicat, usé avant l'âge par des plaisirs excessifs , aimant la toilette plus que la chasse ou la guerre, entouré de jeunes mignons qu'il comblait de ses faveurs, Henri III était encore mieux fait que Charles IX pour être l'instrument de sa mère. Mais personne n'était plus dupe de celte politique indécise et flottante, et, las d'être joués , les deux partis aspiraient à vider eux-mêmes leur débat. Méfiants depuis la Saint-Barthélémy, les réformés recevaient sans cesse des renforts de Suisse et d'Allemagne , et en pleine paix réunissaient une armée de trente mille hommes. Un beau jour, le prince de Condé et le jeune roi de Navarre s'échappèrent de la cour, endormie par leur feinte insouciance, et allèrent se mettre à la tète de leurs anciens amis. Pour les apaiser, il fallut leur donner huit villes de sûreté, des gouvernements de province et des places dans les parlements. Cette fois les catholiques trouvèrent que la mesure était comble. Depuis dix ans ils prodiguaient leur sang pour la défense du trône et de l'unité nationale , et c'était toujours à leurs o>épens que la paix

s'était faite , tandis que par un seul effort ils auraient pu écraser cet ingrat et misérable pouvoir. Partout nobles, bourgeois, manants se soulèvent indignés, s'unissent par des serments solennels, et forment contre l'hérésie une ligue dont le grand Guise a conçu le plan avant de mourir. Leur but est, non de renverser, mais de soutenir le roi, en le forçant une bonne fois à être franchement catholique. Ils se mettront sous ses ordres du jour où il le voudra. En attendant, le jeune duc de Guise est leur chef indiqué par la force des choses (1576).

CXVII. En présence de ces deux partis vigoureux et décidés , Henri III était déconcerté. Si naguère le frivole despotisme de François I avait eu facilement raison d'un peuple uni, heureux, gâté par la prospérité, depuis lors la guerre civile avait réveillé l'esprit d'indépendance, la méfiance pour le pouvoir, le désir et le courage de faire ses affaires par soi- même. Les seigneurs levaient des troupes, et fortifiaient leurs châteaux comme au temps de la féodalité ; les villes avaient spontanément repris leurs armes et leurs privilèges. Huguenots et catholiques réclamaient à grands cris les états généraux, et le roi lui-même sentait le besoin de consulter, au moins en apparence , la volonté nationale et invoquer , comme au temps des guerres des Anglais, ce remède suprême, d'ordinaire si dédaigné. Ainsi, chose singulière, la liberté semblait renaître des grandes calamités et du choc même des partis les plus violents. Déjà, à la mort de François II , Catherine de Médicis, comme jadis Anne de Beaujeu , avait assemblé les états pour confirmer sa régence , et alors , par la bouche du

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