LIVRE V — LA LIGUE
Séance du parlement à Tours en 1580.
d'enseigne, il mit sur son casque un grand panache blanc , et chargea le premier à la tête de ses escadrons. Les deux cavaleries se mêlèrent, et, depuis les chefs jusqu'au dernier soldat, chacun lutta d'acharnement et de courage ; mais, comme à la journée d'Arqués, la fortune fut favorable au roi de Navarre, et son rival repassa l'Eure affaibli des deux tiers (1590). L'un était presque à la merci des Seize et des Espagnols ; l'autre venait de conquérir une gloire solide , embellie par son humanité pour les vaincus : il pouvait désormais traiter avec les catholiques sans compromettre ni leur dignité ni la sienne, et poursuivre avec honneur et indépendance sa réconciliation avec l'Église.
CXXIX. Maître de Mantes et de Vernon, Henri IV remet le siège devant Paris. D'ardents prédicateurs essayent de ranimer le zèle du peuple et le courage des bourgeois ; les-
princesses de Guise elles-mêmes donnent l'exemple d'une héroïque sobriété ; le roi de la Ligue , le cardinal de Bourbon , étant mort, la Sorbonne exclut à jamais du trône le roi de Navarre , et proclame martyrs ceux qui périront en combattant contre lui : vains efforts pour soutenir un fiévreux enthousiasme ! Le siège dure depuis cinq mois ; les vivres manquent ; le peuple crie : « Pain ou paix ! » A la fin Mayenne se voit contraint d'en venir à un expédient non moins fatal que le meurtre d'Henri III et d'invoquer le secours de l'étranger. Sur son appel, le superbe Farnèse arrive des Pays-Bas, à la tète de quinze mille Espagnols, dégage la capitale juste assez de temps pour y laisser pénétrer quelques provisions, et puis repasse la frontière, comme pour montrer aux Parisiens qu'il ne dépend que de son maître de les laisser vivre ou mourir. En même temps , le duc de Savoie