‹ Histoire de FranceChapitre 23 sur 339 · SAINTE BATHILDE · texte numérisé non relu

SAINTE BATHILDE

le droit d'asile, pourvu qu'il ne soit ni paresseux ni vagabond. S'il sert un juif, elle permet à tout chrétien de le racheter pour douze pièces d'or. Ainsi adouci, l'esclavage n'est plus que la loi d'un travail équitable , imposée aux laboureurs et souvent embrassée de bon gré par eux. Les moines leur en donnent l'exemple, et, avec les secrets de la culture, leur enseignent ceux de la vertu. A mesure que croît l'amour du travail, diminue la contrainte jusqu'alors nécessaire pour fixer au sol le barbare oisif et nomade.

XL IX. Mais plus facile est de faire la loi aux autres qu'à soi-même. Le pieux Dagobert, malgré toute sa sagesse, succomba aux délices d'une vie trop douce et d'une trop longue paix. L'amour des femmes absorba son cœur, son temps, sa vie tout entière. Les habitudes austères de l'ancienne cour firent place à de scandaleux plaisirs, qui vinrent attrister les saints amis de Clotaire. Ils songèrent plus que jamais à la retraite. Saint Amand, le premier, secoua la poussière de ses pieds, et partit pour la Belgique, vaste et stérile plaine, dont nul prêtre depuis longtemps n'avait visité les féroces habitants. Abandonné de ses compagnons, battu, jeté à l'eau, il ne se décourage pas, et sa persévérance et sa douceur triomphent de ces cœurs grossiers. 11 en réunit quelques-uns et fonde un premier monastère dans le pays de Gand. C'est là qu'il reçoit les envoyés de Dagobert, qui demande pardon de ses fautes , et qui le supplie de venir baptiser son premier- né. Saint Eloi et saint Ouen y ont joint leurs instances; impossible de résister. Le roi- vient lui-même au-devantdu saint évèque jusqu'à Clichy(G32). La cérémonie achevée , le saint reprend son bâton de voyage, malgré le roi, malgré ses amis ; d'autres amis l'appellent, ce sont ces premiers néophytes, à peine sortis des langes ' du baptême , ce sont tous ces hommes du Nord qui restent à convertir : tout bas , il rêve, non une couronne, mais la palme du martyre.

L. Cependant Dagobert avait également perdu l'affection des braves Auslrasiens, depuis qu'il avait quitté leurs rudes résidences pour les élégants palais de Neustrie. Profi-

lant de ces dissensions , la Saxe était prête à se soulever, et un Franc renégat, qui régnait sur les bords de la Baltique , insultait son ancien souverain, et le menaçait de lancer sur lui les païens du Nord. Il fallut encore une fois partager le royaume, et donner aux Austrasiens le jeune Sigebert , dont les enfants de saint Arnoul et de Pépin de Landen prirent la tutelle. A l'ouest, c'étaient les Bretons qui ravageaient les terres des Francs. A leur tête marchait le roi Judicaël , que l'amour des combats avait tiré du cloître, et qui tenait en échec toutes les forces de Dagobert. Saint Eloi le vit, le décida à la paix, lui rappela ses vœux, et le renvoya dans son couvent.

LI. Dagobert mourut encore jeune, laissant le souvenir de grandes choses et de tristes faiblesses, de riches abbayes, des lois sages , et des fils portant la peine de ses excès. Sur son tombeau, à Saint- Denis, un sculpteur a représenté dans la barque fatale son âme que les anges et les saints arrachent aux démons. Comme l'artiste, la postérité a donné la victoire aux anges; elle pardonne à Dagobert, en faveur de sa bonté, et aime encore à chanter ce bon roi, fidèle ami du grand saint Eloi.

LU. Dagobert mort, l'Austrasie et la Neustrie restèrent d'abord séparées sous ses deux fils, puis unies sous Clovis II (638). Saint Ouen devint évêque de Bouen, où il a laissé le souvenir de ses vertus et de son éloquence. Saint Éloi, plus entreprenant et renonçant à sa trop douce abbaye de Solignac, prit bravement le chemin du Nord et l'évèché de Noyon. De là il parcourait sans relâche les campagnes qui s'étendent de Courtray jusqu'à Anvers, charmant les paysans frisons par la douceur de sa parole, les baptisant tous les ans par milliers aux fêtes de Pâques, prêchant l'aumône pour les pauvres, l'hospitalité pour les voyageurs, et détruisant le culte des fontaines et de la lune.

LUI. Saint Amand, son devancier dans ces rudes contrées, depuis longtemps revenu en Belgique , y continuait ses miracles , ses fondations, sa vie aventureuse. Au fort de Gand, il avait bâli une basilique à saint Pierre el

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