‹ Histoire de FranceChapitre 222 sur 339 · LIVRE VI — HENRI IV · texte numérisé non relu

LIVRE VI — HENRI IV

décrets du concile de Trente, trouvaient des adversaires acharnés, non dans les rangs d'une noblesse oisive et dégénérée, mais chez ces magistrats actifs, laborieux, intelligents, d'où étaient sortis Cujas, Pasquier, Montaigne, de Thou, et qui formaient dans l'Etat une nouvelle aristocratie. Les jésuites furent chassés par le parlement comme des agents de l'Espagne , complotant dans l'ombre l'assassinat du roi, et il fallut que, dédaignant ces périls imaginaires, Henri IV lui-même les rappelât et les protégeât de son amitié. Les décrets qui maintenaient au pouvoir spirituel son indépendance et sa supériorité, aux peuples le droit de déposer un souverain hérétique ou indigne, furent proscrits comme un attentat à la dignité française. Suivant leur habitude, les gardiens des libertés nationales se seraient sentis humiliés de voir leur prince relever du saint-siège ; ils préféraient consacrer le pouvoir absolu et le droit divin, qui transmet à tout jamais la couronne avec le sang : pompeux , mais impuissant rempart contre les révolutions futures. Ici encore Henri IV fut moins aveugle, et promit d'observer les actes du concile autant que le lui permettraient les dispositions de ses sujets.

VI. Plus irrité que satisfait de la petitesse et de la servilité de ces gens de robe , qui faisaient dégénérer en chicane les plus grandes affaires de l'Etat, le sage monarque aurait voulu leur opposer les princes du sang et les nobles , auxquels il supposait des vues moins étroites ; mais ils ne répondirent pas à son appel. N'ayant plus ni l'activité ni la sagesse des seigneurs anglais, qui prenaient au sérieux, sous Elisabeth , la grandeur de leur pays, ils ne venaient même pas au conseil du roi, et vivaient de prodigalités, d'intrigues amoureuses ou de sottes conspirations. Les terres et les châteaux, qu'ils étaient chaque jour réduits à vendre, tombaient entre les mains dés officiers de justice ou de finance, riches de leur économie bourgeoise. Une mesure en apparence fiscale acheva de fortifier ces nouvelles familles. Les charges, rendues vénales par François I , cessèrent de retomber entre les mains de l'État, et purent se

transmettre librement moyennant un droit annuel, nommé pauletle, du nom de son inventeur. Sous prétexte d'enrichir le trésor, la magistrature devint héréditaire. En échange, elle mit son zèle et son dévouement à la merci du pouvoir. Ainsi, comme au temps de Charles VII , la France recouvrait la paix , mais non la liberté ; invoqués pendant les grandes calamités, les états généraux étaient de nouveau rejetés comme une arme dangereuse ; les vieilles semences du schisme et de la Réforme , de la servitude politique et de la servitude intellectuelle, couvaient encore au fond des cœurs, et les huguenots mécontents, les villes turbulentes, la noblesse désœuvrée avaient besoin d'un autre Louis XI pour les mettre à la raison.

VIL Trop bon pour cette dure mission, Henri IV se flattait vainement de relever le royaume par l'élan de quelque grande entreprise. A chaque instant les menaces d'un assassin ou les trames d'une conspiration venaient entraver ses projets et lui dénoncer l'anarchie des esprits. Le coup le plus sensible lui fut porté par le fils d'un de ses amis, par Biron, qu'il avait fait duc et pair, amiral, maréchal, gouverneur de Bourgogne, et auquel il avait sauvé la vie à Fontaine-Française. Oubliant tant de bienfaits et égaré par l'ambition, l'ingrat avait reçu les avances de l'Espagne et de la Savoie. Au moment de trahir, il fut découvert. Malgré les instances du roi, il refusa d'avouer sa faute, et eut la tète tranchée (1602).

VIII. Enfin, après douze ans d'efforts pour réparer les malheurs passés et rétablir la concorde, le moment semblait venu de mettre à profit les forces et les richesses nationales. Guerrier consommé , Henri IV avait sous la main une belle armée de quarante mille hommes capables de tout sous ses ordres, une artillerie formidable préparée par les soins de Sully et un trésor fruit de longues économies. L'Europe attendait en suspens de quel côté ce grand capitaine tournerait ses armes. Une série de graves événements semblait préparer le triomphe du catholicisme. Les jésuites avaient pénétré en Suède et en avaient converti le roi ; son fils unique, Sigis-

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