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LIVRE VI

LOUIS XIII

dans son appartement, se retira à Blois (1617), ne laissant le pouvoir nr aux princes du sang, ni aux magistrats, ni à Louis XIII lui-même, mais à un jeune favori, habile à dresser des faucons, qu'un caprice du jeune roi avait fait duc de Luynes, et qui devint tout d'un coup gouverneur de Normandie, premier ministre et connétable. Ceux qui avaient levé la tête le plus haut devant Marie de Médicis durent la courber devant le superbe parvenu. Il ne daigna même pas faire sortir Condé de la Bastille, et feignit de l'y oublier pendant plus de deux ans : épreuve salutaire qui corrigea ce prince pour le reste de ses jours.

XXII. Si en France personne n'avait rien gagné à ce changement de pouvoir, au dehors, loin d'être conjurée, la crise religieuse, que la mort de Henri IV avait retardée, éclatait plus menaçante. En Angleterre, en Hollande et en Allemagne , la singulière réforme que Henri VIII et Luther avaient prétendu accomplir en lâchant la bride à toutes les passions, n'avait satisfait que quelques seigneurs ou courtisans enrichis des biens de l'Eglise. Ces premières sectes auraient péri, si l'esprit de Calvin n'était venu les rajeunir et en faire des religions nationales, contenant l'orgueil et l'ambition de tous, et demandant aux princes, pour prix de la suprématie spirituelle, de travailler à la grandeur et à la fortune de leurs peuples. Elisabeth était le type achevé de ce nouveau système non de vertu , mais d'intérêt bien compris. Ses successeurs ne devaient vivre qu'à condition de lui ressembler. Vainement le nouveau roi d'Angleterre et d'Ecosse, Jacques I, fils de Marie Stuart, avait cru désarmer ses sujets en embrassant le culte anglican et en persécutant les catholiques. Léger, prodigue, voluptueux, Français comme sa mère de goûts et de tempérament , il ne répondait pas aux vues d'un peuple commerçant, économe, sérieux et plus avide encore de richesses et de domination que de liberté. Il acheva de se rendre suspect en vivant dans une honteuse neutralité et en refusant du secours à son propre gendre l'électeur palatin , audacieux champion de la cause protestante : son fils, Charles I, devait payer de sa tète cette politique incertaine et frivole.

XXIII. Dans les Pays-Bas, les événements avaient marché plus vite, et le défenseur de la tolérance et des libertés publiques, le pacifique Barneveldt , venait à soixante-dix ans de monter sur l'échafaud. A sa place s'élevait un ingrat qu'il avait comblé de bienfaits, le jeune Maurice de Nassau, militaire absolu, farouche calviniste, par sa mère petit-fils de Coligny, et, pour venger son aïeul, fondateur de cette maison d"Orange, non moins funeste à la France que les neveux de Charles le Téméraire. Mêmes tendances au delà du Rhin. Irrités par le réveil du catholicisme en Autriche et en Bavière, et par les progrès à vue d'œil du mouvement religieux, les protestants s'étaient soulevés et avaient enfin trouvé un chef. Ce fut encore un calviniste, l'électeur palatin Frédéric V, qui osa disputer à la maison d'Autriche la couronne impériale et la Bohème, et qui, moins prudent que ses voisins, ouvrit à ses risques et périls cette guerre de Trente ans dont la Prusse devait recueillir les fruits.

XXIV. Dans cet élan général, les réformés se croyaient sûrs de vaincre. La faiblesse de Marie de Médicis et du duc de Luynes leur avait tourné la tête au point que, loin de rechercher l'alliance de la France, ils prétendaient la conquérir. Avec une ridicule outrecuidance, leurs députés, assemblés à la Bochelle, déclarèrent la guerre au roi, et partagèrent ses États en huit départements militaires, confiés avec des pouvoirs illimités aux chefs principaux de leur parti. Quand il s'agit d'en prendre possession, tout se borna à mettre garnison dans quelques villes dévouées. Toutefois, bien que peu nombreuses, c'en était assez pour prolonger cette petite crise et renouveler les malheureux sièges qui avaient éternisé les guerres civiles. Car, dans ce pays où les armées de Charles-Quint n'avaient pu pénétrer, depuis l'invasion des Normands villes et villages s'étaient fortifiés ; nobles et bourgeois se piquaient de défendre leurs murs, et la moindre province demandait des années pour être conquise.

XXV. Il fallut vingt-deux jours pour réduire la petite garnison de Saint-Jean-d'Angely. Ravitaillée par mer, la Rochelle était

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