LIVRE VI — LOUIS XIII
imprenable : on ne put que ravager ses environs. Le grand événement de la campagne, le rendez-vous de la cour et des jeunes seigneurs, fut l'attaque de Montauban. Le fils des Montmorency, le duc de Guise , le jeune duc de Mayenne y rivalisèrent de bravoure et de témérité. Le plus vaillant et le plus aimé des trois, Mayenne, tomba dans la tranchée percé d'une balle. La France entière le pleura, et le peuple de Paris se vengea de sa mort sur le temple de Charenton. Après des assauts inutiles et désastreux , où les chefs montrèrent plus de courage que d'habileté, la mauvaise saison arriva ; il fallut lever le siège. A la honte de cet échec se joignirent de douloureuses nouvelles : Nîmes et Montpellier maltraitaient les catholiques, pillaient les couvents, rasaient les églises. Un magistrat , envoyé pour les apaiser, avait été assassiné. Plusieurs garnisons royales venaient d'être indisnement massacrées. Le connétable de Luynes fit expier ces méfaits à la petite place de Monheurt, qui fut pillée sans miséricorde et rasée jusqu'aux fondements. Le feu durait encore qu'il mourut de la fièvre dans un village voisin. Il était temps ; car déjà chancelaient la fortune et le crédit de ce parvenu sans talent, sans vigueur, sans génie militaire. Il laissait le royaume en plus piteux état qu'il ne l'avait trouvé , les huguenots pleins d'audace, l'armée découragée.
XXVI. Louis XIII , qui n'avait pas d'autre ministre sous la main, mais qui ne pouvait rester sans mentor , se réconcilia provisoirement avec sa mère, trop faible pour reprendre sur lui un empire durable, et revint à Paris chanter un Te Deurn pour ses douteux exploits. L'année suivante la guerre recommença avec une nouvelle fureur. Plusieurs villes coupables d'atrocités furent livrées aux flammes, leurs habitants passés au fil de l'épée. Dès le printemps, le roi se remit à la tète de ses troupes. Cette fois son but était de reprendre Montpellier. Les mesures avaient été mieux concertées; le prince de Condé, devenu fidèle, dirigeait l'attaque; les réformés furent obligés de traiter , et leur soumission entraîna celle du Midi. Restait la Rochelle, fière de sa flotte et de ses fortes murailles.
L'État n'ayant pas de navires, le duc de Guise réunit tout ce qu'il en trouva sur les côtes de Provence, de Guyenne et de Normandie ; avec cette marine improvisée, il otfrit la bataille aux rebelles, les attaqua en guerrier digne de ses pères , leur prit plusieurs bâtiments , et les décida à la paix. Traités avec la même faiblesse que naguère les princes révoltés, les huguenots gardèrent leurs privilèges, Montauban et la Rochelle comme places de sûreté, et se trouvèrent en réalité plus forts et plus aguerris qu'auparavant.
XXVII. Ainsi la France, livrée à ellemême depuis la mort de Henri IV, se montrait incapable d'unité. Un vieux levain d'anarchie survivait aux guerres de religion comme jadis aux guerres des Anglais. Sans autre motif qu'une incorrigible ambition, grands et réformés replongeaient de gaieté de cœur leur pays dans de lamentables dissensions. Pour obtenir la paix, qui est le premier besoin des peuples, il fallait une main plus dure que celle de Concini, de Luynes et de Marie de Médicis, la main d'un autre Louis XL La reine mère avait alors auprès d'elle deux hommes de confiance, décorés, sur sa demande, de la pourpre de cardinal : l'un était le pieux Rérulle, fondateur des oratoriens de Paris, ami des saintes âmes, ardent et sincère conseiller d'une politique toute catholique ; l'autre était le prudent évèque de Luçon, Richelieu, connu par son discours aux états généraux , par la réconciliation habilement négociée du roi avec sa mère, et faisant silencieusement son chemin par la faveur de l'un et de l'autre. Ce dernier semblait plus timide, plus souple, plus facile; il fut préféré et devint ministre à trente- neuf ans (1624). C'est ainsi que, par l'apparence d'une fausse sagesse, les ambitieux l'emportent sur les gens de bien, et séduisent ceux qu'ils sont destinés à châtier. Bérulle eût perdu dans le soin des affaires un temps mieux employé à la direction des âmes et au soin des bonnes œuvres; peu propre à punir les mauvais, il eût peut-être amolli les bons par le dangereux enivrement des grandeurs et compromis sans le savoir la renaissance catholique. Un maître sans scrupules convenait mieux à un