‹ Histoire de FranceChapitre 232 sur 339 · LIVRE VI — LOUIS XIII · texte numérisé non relu

LIVRE VI — LOUIS XIII

Les Hollandais rappelèrent en toute hâte leur flotte; allant encore plus loin pour calmer les fureurs populaires, le faible Charles I déclara la guerre à la France , et promit de réparer le mal fait en secourant la Rochelle. Richelieu, peu inquiet d'une rupture avec l'Angleterre , voyant que ni les réformés de l'intérieur ni ceux du dehors ne consentaient à servir sa politique, s'arrêta brusquement dans ses desseins, et fit la paix avec l'Espagne , résolu avant d'aller plus loin d'en finir à tout prix avec le vieux parti huguenot. Rientôt parut à l'horizon la flotte britannique, composée cette fois de quatre-vingt-dix vaisseaux et de cent vingt chaloupes, portant seize mille hommes commandés par Ruckingham, le favori de Charles I. Aidé par des réfugiés français et par des marins de la Rochelle, il attaqua l'île de Rhé, y débarqua sans obstacle, et l'occupa tout entière, sauf la citadelle de Saint-Martin. Mais, tandis qu'il perdait un temps précieux devant ce réduit mal gardé, Louis XIII, accouru lui-même sur la côte, déployait une énergie militaire étonnante chez un homme si peu résolu, réunissait quelques bateaux, et ne craignait pas d'y embarquer l'élite de ses troupes pour les expédier au secours du fort menacé. Elles arrivèrent toutes heureusement à la faveur des marées basses, et Ruckingham, n'ayant su ni les arrêter sur mer ni les battre en détail, se vit bientôt contraint de les attaquer en masse. Repoussé avec perte, acculé au rivage, il se rembarqua honteusement de nuit, et, au risque d'encourir les vengeances de ses compatriotes, il céda la mer à un ennemi sans marine, et abandonna la Rochelle à la colère du roi.

XXXI. Ancienne bourgade de pêcheurs enrichie par son commerce, cette ville s'était de bonne heure mise à l'abri de l'escalade et du canon. Elle se vantait de n'avoir jamais reçu de garnison et de s'être défendue à elle seule pendant les guerres des Anglais. A l'exemple de Marseille, qui prêtait sa marine aux premiers croisés, elle avait offert la sienne à Charles VII pour reprendre Rordeaux ; pour récompenser sa bravoure, les rois l'avaient comblée de privilèges. Enorgueillie de sa

prospérité , séduite par les doctrines de Calvin, elle était depuis les guerres de religion . le boulevard de l'hérésie, vivait par mer quand on lui fermait la terre, ne rougissait pas de devenir le pied-à-terre de 'ses vieux ennemis les Anglais , et n'aspirait à rien moins qu'à former autour d'elle une petite Hollande.

XXXII. Pour réduire la Rochelle, il fallait l'isoler de l'Océan. Or une marine s'improvise encore moins qu'une armée, et, grâce à ses dissensions et à l'incurie non moins désastreuse de ses souverains , la France ne possé dait pas un vaisseau. Comme à l'île de Rhé, la nécessité fournit un expédient pour s'en passer. Le port étant situé au fond d'une grande rade, large de quinze cents mètres, un ingénieur eut l'idée de la fermer par une digue. Après quelques tâtonnements, les travaux commencèrent avec vigueur. Les vagues, qui s'étaient jouées des premiers essais, vinrent bientôt se briser contre deux talus gigantesques, partant des deux rives opposées et se rapprochant tous les jours davantage. L'hiver les trouva fort avancés , et les plus grosses tempêtes n'y firent que de faibles brèe-hes. L'été devait suffire pour achever ce rempart, large de vingt -quatre mètres à sa base et de huit à son sommet ; au centre, restait pour le flux et le reflux un chenal étroit, inaccessible aux vaisseaux ; des batteries flottantes garnissaient l'ouvrage, qu'on avait craint de charger d'artillerie, et le reliaient à deux forts construits de chaque côté de la rade ; le reste du rivage était hérisse de canons. Ainsi, par un travail merveilleux, les Français , transportant encore une fois le champ de bataille sur terre, étaient parvenus à affamer un port imprenable , et offraient à l'ennemi du dehors un demi -cercle de feux concentrés, contre lesquels la plus belle flotte ne pouvait que se briser.

XXXIII. De leur côté, les assiégés déployaient un courage digne d'une meilleure cause, et supportaient sans murmure les plus affreuses privations. La mort était décrétée contre quiconque parlerait de se rendre ; l'armée royale ne faisait aucun quartier aux fugitifs : il ne restait donc qu'à se défendre en désespérés en attendant les grands secours

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