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LIVRE VI

LOUIS XIII

promis par l'Angleterre. Déjà au mois de mai la flotte si désirée avail paru, et, un instant, ramené la joie dans la ville. La digue n'était pas achevée ; peut-être était-il encore temps de la forcer. Mais Buckingham se contenta de l'examiner à distance, et, jugeant les obstacles trop redoutables, il s'éloigna sans rien entreprendre. De retour à Londres , il y fut cette fois assassiné. Par ce terrible exemple , les Anglais avaient cru stimuler l'apathie de leur souverain ; la belle saison ne s'en passa pas moins en préparatifs lents et incertains, peu en rapport avec les souffrances croissantes des assiégés et avec les formidables travaux des troupes royales. Enfin, le 28 septembre, une nouvelle flotte de cent quarante voiles arriva en vue de la Rochelle, qui tenait toujours. Il n'était plus temps de la sauver; les obstacles qui avaient arrêté Buckingham au mois de mai étaient décuplés. De loin l'ennemi échangea avec les canons français quelques milliers de boulets qui tuèrent à peine une centaine d'hommes , et, sans plus de succès , lança quelques brûlots contre les batteries flottantes. Puis il disparut encore une fois pour ne plus revenir, n'ayant même pas obtenu une capitulation honorable à la malheureuse cité, qu'il avait entraînée dans son alliance et bercée de si vaines espérances.

XXXIV. A bout de vivres, les fiers bourgeois durent se résigner à se mettre à la merci du roi. Le 30 octobre (1628), les soldats entrèrent dans la ville, apportant du pain aux habitants , qui n'en avaient pas vu depuis des mois , leur amenant des troupeaux et trois mille chariots de vivres. La ville s'estima heureuse d'en être quitte pour la perte de ses franchises et de ses fortifications. Un gouverneur nommé par la couronne et une garnison royale remplacèrent le maire et les bourgeois intrépides qui avaient tourné leurs armes contre la patrie. Peut-être leur bravoure réclamait -elle moins de rigueur ; mais Richelieu fut sans pitié. Il traita de même les réformés de Languedoc, qui mirent bas les armes l'année suivante, et Montauban, dont la prise termina la guerre. Les huguenots perdirent leur droit de réunions an-

nuelles et leurs places de sûreté, privilèges dont ils n'avaient usé qu'au détriment de la France. Retombant dans la loi commune, ils conservèrent la liberté de conscience, mais cessèrent d'être un parti politique. Du reste, leur conduite avait été si antinationale, et Richelieu était si peu suspect de mêler la piété aux affaires, qu'ils ne purent accuser le catholicisme de leur chute, ni se consoler par la gloire que la persécution donne quelquefois aux plus mauvaises causes.

XXXV. Cette seule victoire permit au cardinal d'exécuter dans tout le royaume la démolition récemment décrétée des forteresses qui, n'ayant pas de garnison royale, sortaient d'un système général de défense. Les villes coururent raser remparts et citadelles ; les paysans se ruèrent sur les donjons ; dans leur joie d'enfants, ils ne songeaient pas qu'il est plus court de renverser que de construire , que, sous prétexte de déraciner les abus et les tyrannies locales, ils sacrifiaient des libertés chèrement achetées par leurs pères, et se livraient pieds et poings liés aux envahissements d'un autre despotisme. De là un vaste accroissement de force au service de l'ambition conquérante de la couronne, mais au détriment de la puissance défensive et de la vie propre de chaque province. Plus d'autre armée, plus d'autres officiers, plus d'autres châteaux que ceux du roi. Poursuivant partout le même dessein et flattant habilement l'amour-propre des petits pour apaiser les grands, Richelieu ouvrit les grades de l'armée aux roturiers, plus souples que les gentilshommes, et la noblesse elle-même aux armateurs, aux échevins ou consuls des villes. Triste et dernière trace de l'indépendance féodale, le duel fut défendu sous peine de mort. Les grandes familles perdirent les gouvernements de province qui formaient entre leurs mains comme un reste des grands fiefs. Le siège delà Rochelle ayant fait sentir le besoin d'une marine centralisée comme l'armée de terre, sur-le-champ furent construits des vaisseaux de haut bord, chargés de canons, destinés à remplacer et à dominer les flottes des villes commerçantes ; en même temps le titre de grand amiral, enlevé au duc

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