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LIVRE VI

LOUIS XIII

reur jusqu'aux portes de Paris. Qu'allait-il arriver, si, payant d'audace, ces deux armées se donnaient la main sur les bords de la Seine ? Richelieu lui-même eut peur, et parla de se retirer derrière la Loire ; il fallut que le faible mais belliqueux Louis XIII lui rendît du courage, gagnât du temps , reçût des renforts. L'occasion échappée, l'ennemi se vit contraint de repasser la frontière, et, comme à la guerre il n"y a souvent qu'un pas d'une victoire à un désastre, ce furent bientôt les Français , n'ayant pas vu le Rhin depuis Henri II et ne l'ayant jamais passé, qui entrèrent en Allemagne en compagnie des Suédois, et qui promenèrent leurs drapeaux jusqu'en Bohème. Peu désireux de séjourner dans ces pays lointains, dont ils ne parlaient pas la langue, et qu'ils n'étaient pas encore habitués à fouler périodiquement, ils revinrent prendre leurs quartiers d'hiver sur le Rhin et gardèrent l'Alsace avec Brisach. Non moins forts en Italie, tant qu'ils ne quittaient pas les Alpes , ils défendaient avec honneur le Piémont ; aux Pyrénées, ils occupaient le Roussillon, et assiégeaient Perpignan. Les Catalans opprimés leur donnèrent la main, se soulevèrent en masse, et offrirent leur pays à Louis XIII. En même temps, le Portugal , excité par les agents du cardinal , chassa les Espagnols, et recouvra, sinon sa marine et ses colonies tombées au pouvoir des Hollandais , du moins sa vieille indépendance.

XL III. Ainsi, après une courte panique, le triomphe de la France était complet. La ligue protestante, qui en avait fait les premiers frais, avait, pour ainsi dire, disparu, et, suivant son rêve, Richelieu était devenu le seul arbitre de la paix du monde. Amis et ennemis ne vivaient que par ses bienfaits, et lui devaient le prix de son appui ou de sa modération. 11 en résultait bien un peu d'aigreur dans les pays réformés. Las de la guerre, les Suédois et les princes d'Allemagne avaient quelques velléités de s'arranger avec l'Autriche et de s'unir à elle pour chasser ces intrus de l'Empire ; la Hollande, consolidée la première par le mouvement calviniste, et fière de ses conquêtes dans les

Indes, répugnait à partager la Belgique avec les Français, et aimait mieux les Espagnols pour voisins. Mais, grâce à son habileté, Richelieu contenait ces alliés incertains, et exploitait de main de maître leurs rivalités, leurs convoitises, leurs dissensions intestines. Source de soucis et de méfiances pour toutes les cours du continent, cette politique avait un plein succès en Angleterre , où Charles I luttait vainement par son inertie contre la fermentation des puritains , et où éclatait , comme en Hollande, le besoin d'un gouvernement énergique et national. Le cardinal flattait les faiblesses de ce pauvre roi, le faisait entrer dans toutes ses vues, lui prenait, pour la guerre du Rhin, ses meilleurs soldats écossais, et, d'un autre côté, ne rougissait pas d:exciter contre lui les farouches sectaires qui jusqu'alors s'étaient bornés à fuir leur patrie et à coloniser l'Amérique du Nord. Aigries par une main étrangère, exaltées par l'enthousiasme religieux, ces passions éclatèrent bientôt en guerre civile, et enfantèrent une révolution qui devait coûter la vie au beau-frère de Louis XIII. Ceux qui se réjouirent de ces calamités ne prévoyaient pas alors que l'Angleterre en sortirait plus forte et capable de rendre un jour le mal pour le mal à ses voisins.

XL1V. Pour le moment, Richelieu regardait comme assurée sa prépondérance en Europe , et prolongeait à plaisir la guerre qui l'avait fait naître, et qui l'accroissait chaque jour davantage. Un peuple calviniste se fût passionné pour cet homme d'État qui, dédaignant toute autre jouissance, identifiait sa grandeur avec celle de sa patrie, et ouvrait un vaste champ aux rêves de l'ambition nationale. Mais aussi généreux que légers, les Français n'avaient ni la discipline ni la ténacité nécessaires à de telles entreprises , ni le cynisme de tuer ou de corrompre sans scrupule. Ils craignaient, sans l'aimer, ce sombre génie renversant tout, fauchant tout pour aller à son but, et maudissaient une grandeur si tristement achetée. Parfois le tout-puissant ministre cherchait à effacer par des fêtes et par des plaisirs la trace sanglante de ses proscriptions. Mais il avait beau se faire le pro-

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