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LIVRE VI

LOUIS XIII

livres de fonds secrets, nerf de sa police au dedans et à l'étranger. Mort, Richelieu resta cinq jours exposé à la curiosité des Parisiens, pressés de voir sans vie celui qui , la veille , les faisait tous trembler. Puis il alla reposer à la Sorbonne, qu'il avait bâtie; il n'en demeura pas moins pour la postérité, non le père de la science et des lettres, mais le maître habile de la politique moderne.

XLVIII. Avant de mourir, Richelieu avait désigné pour prendre le timon des affaires un de ses agents, l'Italien Mazarin, devenu, à son exemple, cardinal par le chemin de la diplomatie. Louis XIII vécut juste assez pour recommander ce nouvel homme d"État à la reine Anne d'Autriche, et, comme s'il ne pouvait survivre à son cher ministre, il se coucha pour ne plus se relever (1643). Moins impassible que Richelieu, il fit venir pour consoler et soutenir ses derniers moments un illustre ami de Dieu, le saint de l'époque, le bon Vincent de Paul. Ainsi finit ce roi, bien différent de son père Henri IV, cœur sans amour comme sans faiblesse, fils ingrat, mauvais mari, père froid, souverain timide. Il laissait la régence à cette femme qu'il avait traitée si durement, le pouvoir à un nouveau Concini , la couronne à un fils de cinq ans que la Providence lui avait accordé comme par miracle. Il ramenait exactement la France où il l'avait prise, à tous les embarras d'une minorité : preuve que le despotisme, refuge précaire des peuples fatigués, recule les difficultés sans en résoudre aucune.

XL IX. Une seule chose avait grandi par les faiblesses et les vices de tous, encore plus que par la force d'un seul, c'était la monarchie absolue. Rétablies par Henri IV et follement attaquées à sa mort, l'unité nationale et l'autorité de la couronne avaient dû être soutenues par une main de fer. Dans les révoltes, villes, châteaux, huguenots, grands seigneurs avaient été brisés; quant au parlement, il avait servi avec un mélange de terreur et d'admiration ce maître bourgeois presque sorti de son sein et fils d'un grand prévôt. Ainsi le pouvoir avait crû, la liberté diminué. Concentré en un seul homme, la vie entière du pays était de plus en plus li-

vrée au hasard, et la France condamnée ou à l'anarchie sous une main faible , ou à de folles entreprises sous une main forte et libre de tout risquer, de tout entreprendre, et tôt ou tard enivrée de sa puissance.

L. Au dehors, même éclat et même revers. Passant enfin à une glorieuse offensive , presque inconnue depuis Philippe le Rel , et vainement tentée dans les guerres d'Italie, les armes françaises avaient repris leur ancien prestige , vengé les outrages de Charles- Quint et de Philippe II , réprimé l'ambition de la maison d'Autriche. Mais si utiles et si mérités que soient les châtiments infligés aux peuples vaincus, ils ne justifient ni les Sarrasins ni les hérétiques, encore moins les catholiques ambitieux , qui ont successivement torturé le monde pour satisfaire leurs propres passions. Tout occupé de nuire aux autres et d'écraser ses faibles voisins, Richelieu , sous l'apparence de brillants succès, avait délaissé les traditions françaises, les grands intérêts de l'humanité, et, à son tour, mérité de cruelles représailles. Rrisant la Lorraine et la Savoie, qu'il aurait dû se rattacher par des alliances ou des mariages , acharné contre l'Espagne, qui lui eût volontiers cédé une partie de la Relgique, ruinant l'Allemagne, où il avait perpétué la guerre, il n'avait rien tenté contre les Turcs, qui, de Constantinople, ravageaient le Danube, qui, des côtes barbaresques, pillaient la Méditerranée, insultaient les côtes de France, et enlevaient chaque année des milliers de prisonniers.

LI. Si Richelieu avait négligé , encore plus que Charles-Quint, la croisade contre les infidèles, il n'avait pas, comme lui, soutenu celle d'Amérique , vaste champ ouvert à l'activité et au génie européens. Tandis que quelques colons français végétaient au Canada et à Pondichéry, les Hollandais , devanciers de l'Angleterre, se jetaient sur les colonies portugaises et espagnoles, et conquéraient à eux seuls l'empire des mers. Les missions mêmes du Japon en ressentirent le triste contrecoup; l'œuvre de saint François Xavier périt : les catholiques furent exterminés, et l'entrée du royaume resta réservée aux marchands

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