LIVRE VI — LOUIS XIII
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Château de Richelieu.
d'Amsterdam, foulant aux pieds la croix. Ainsi, destructeur des puissances catholiques, Richelieu ne les remplaçait pas, et livrait l'ancien monde à l'insolence des Suédois et des Turcs, le nouveau au génie mercantile et colonisateur des protestants.
LU. En attendant que Mazarin continuât cette politique, un simple prêtre, saint Vincent de Paul , réparait dans son humble activité les fautes des hommes d'État, consolait les opprimés par son dévouement, et montrait que, même sous un despote, la charité sait être libre, forte, ingénieuse, bienfaisante. Fils d'un laboureur de Pouy au pied des Pyrénées et berger lui-même, Vincent, à douze ans, avait donné à un pauvre passant son petit trésor de trente sous. Dieu le récompensa par le sacerdoce; il refusa l'épiscopat. Victime des pirateries qui, à la honte des peuples chrétiens, désolaient les côtes de la Méditerranée, il fut pris en allant de Narbonne à Marseille et mené comme esclave en Algérie. Vendu et revendu, il tomba aux mains d'un renégat de Nice, convertit sa femme musulmane, le toucha lui-même, et s'embarqua avec eux pour regagner la Pro-
vence. Revenu à Paris, attiré vers M. de Bérulle par cette soudaine et puissante sympathie qui réunit les saintes âmes, il entra pour lui obéir chez Emmanuel de Gondi , frère de l'archevêque de Paris, et petit- lils d'un Italien arrivé en France avec Catherine de Médicis.
LUI. A côté de la pieuse direction qu'il donne à Mmo de Gondi , à côté des semences de foi qu'il jette dans son turbulent élève, destiné, bon gré, mal gré, au siège de Paris et à la pourpre de cardinal, Vincent trouve du temps pour soigner et évangéliser autour de lui les pauvres , les paysans, les hérétiques et, entre tous, les galériens dont M. de Gondi est général. Nommé leur aumônier, l'ancien esclave va voir fraternellement à Paris , à Marseille, à Bordeaux les malheureux Lorrains ou autres que la politique, encore plus que la justice, enlève à leurs familles, obtient des lits et des soins pour les malades, les console tous, et traite comme des hommes ceux que le pouvoir traitait en bêles de somme. Ce n'est pas assez : bientôt il enverra ses prêtres dans la terre même de sa captivité, à Tunis et à Alger, remplacer les pères de la