LIVRE VI — LOUIS XIII
Merci, assister les esclaves chrétiens et les racheter au risque du martyre. Mais, ipour former de bons prêtres dans une société flottante et corrompue, nul ne sent plus que lui la nécessité d'une éducation à part et d'une direction spéciale. Outre sa congrégation de missionnaires lazaristes, il fonde le séminaire des Bons-Enfants, pendant que son ami, M. Olier, établit celui de Saint-Sulpice, et ouvre chez lui des retraites et des conférences ecclésiastiques, où, entre mille autres, le jeune Bossuet viendra sanctifier son génie. Une fois ces milices prêtes, il évangélise le faubourg Saint -Germain, qui de corrompu devient à jamais édifiant; les armées, où la piété succède aux blasphèmes; les campagnes, objet de sa prédilection ; les galériens, encore plus chers à son cœur; l'Irlande et les Hébrides, délaissées par l'Europe catholique et cruellement opprimées par l'Angleterre; la Pologne, oubliée par la France depuis la fuite de Henri III , déchirée par les hérétiques suédois et par les schismatiques grecs ; enfin les colonies que Bichelieu néglige de conquérir ; la Corse, rebelle au joug des Génois, et Madagascar, décimé par d'affreuses contagions. LIV. Toutefois, si dévoués que soient ces humbles missionnaires, ils ne suffisent pas à la tendresse toute maternelle de Vincent pour les pauvres. Il veut donner à chacun d'eux les doux soins d'une sœur. De là les filles de la Charité, réalisant le vœu de saint François de Sales , visitant librement les malheureux et les suivant partout sans autre voile que leurs vertus, sans autre clôture que les limites mêmes de la misère. Mrae Legras , fille et veuve de deux serviteurs de Marie de Médicis proscrits par Bichelieu, se venge de ses disgrâces en arrachant d'autres victimes à l'infortune. L'été elle- parcourt les environs de Paris, dressant de bonnes filles au service des pauvres ; l'hiver elle en conduit d'autres dans les hôpitaux et dans les réduits les plus délaissés. Bientôt quatre d'entre elles se chargent de diriger à l'Hôtel-Dieu les deux cents dames nobles qui viennent encore soigner les malades, et se préparent à recueillir cet héritage que les plaisirs et le luxe de la capitale ne tarderont pas à rendre vacant ; d'autres
recueillent les orphelins ou les enfants trouvés que les bourgeois ne se disputent plus ; d'autres enfin vont à l'armée, à l'hôpital des galériens , en Pologne, ou suivent les missionnaires au delà des mers.
LV. Non content de réparer en silence les oublis d'une politique impitoyable , Vincent ne craignait pas à l'occasion d'en guérir ouvertement les plaies. A côté des lois rigoureuses qui défendaient le duel et que l'on mettait son honneur à braver, il forma une association de gentilshommes, s'engageant par serment, et pour l'amour de Jésus-Christ, à préférer les affronts à l'homicide. Il s'ingénia à soulager les réfugiés d'Irlande et de Grande-Bretagne, victimes de la révolution anglaise , et les gentilshommes lorrains venant cacher leur misère à Paris ; il envoya à la malheureuse Lorraine jusqu'à deux millions d'aumônes, arme plus efficace que la prison ou les galères. Enfin , les maux de la guerre allant toujours croissant, Tapôtre de la charité, ne se méprenant pas sur celui qui les prolongeait , alla se jeter aux genoux du cardinal, en lui criant : « La paix, la paix, « Monseigneur ! Ayez pitié de nous. Donnez « la paix à la France. » Courageuse, mais inutile résistance à une ambition que la mort seule devait briser.
LVI. Pourtant le crédit du saint grandissait. Il fut appelé au lit d'agonie de Louis XIII, puis au conseil de conscience d'Anne d'Autriche. Là , ayant à diriger le sacerdoce dans sa source même par le choix des évêques , il réalisa le vœu de Henri IV, rendit à l'Église, sous un régime despotique, les bienfaits des plus saintes élections, et bravala colère des courtisans pour n'admettre que des hommes dignes de Dieu et de l'épiscopat. Arrivé à ce point de [puissance , il ne l'employa qu'à pacifier les partis et à répandre partout ce souffle d'aménité, de douceur, de cordialité, qui était sa vie. Entre ses mains réussirent les plus grandes fondations, telles que Bicêtre et la Salpètrière. Néanmoins il ferma l'oreille aux inspirations séduisantes de l'orgueil, à l'idée d'un hôpital général recevant tous les indigents. En effet, à ses yeux la misère était une des merveilles de la Providence, pour la