LIVRE VI — LOUIS XIV
de son chef, l'armée de Souabe, qui tenait tête aux Bavarois, venait de fuir honteusement à travers la forêt Noire sans en défendre les délilés ; elle pouvait être jetée dans le Rhin. Un général de trente ans, Turenne, héritier des ducs de Bouillon, génie calme, prévoyant, sage et modeste, recueillit ces débris sous les murs de Brisach, et donna à Condé le temps d'arriver.
LXV. Digne de leur résister, le Bavarois Mercy les attendait en avant de Fribourg,
dans un camp retranché garni de redoutes, d'abalis et de palissades. Dans sa fougue, le vainqueur de Rocroy ne voulut pas entendre parler de tourner la position, et vint l'aborder de front avec vingt mille hommes, dont moitié de cavalerie complètement inutile. Pour enlever les hauteurs, il fallut une journée d'efforts désespérés et l'exemple du prince combattant au premier rang et prodiguant sa vie. Pendant la nuit, Mercy alla paisiblement s'établir sur une autre colline à cûté de la
Bataille de Bocroy. ( P. 272,
ville. Les Français étaient si épuisés qu'ils lui laissèrent la journée pour s'y fortifier, et ne purent, malgré de nouveaux combats, l'en chasser le surlendemain. Enfin, le quatrième jour, ils se résignèrent à tourner cet obstacle qui leur avait déjà coûté si cher, et par une simple manœuvre obligèrent Mercy à rentrer en Wurtemberg (1644). Mais ils n'osèrent pas le poursuivre, ni même attaquer Fribourg. Voyant le Rhin dégarni, ils se contentèrent d'occuper Landau, Bingen et Mayence; puis, sans avoir rien fait de complet, ils se séparèrent pour aller combattre chacun de leur côté les Espagnols et les Bavarois , qui avaient eu le temps de se refaire.
LXVI. Cette faute faillit être chèrement expiée. Aventuré en pleine Allemagne, loin
de la France, sans place de ravitaillement, Turenne trouva Mercy renforcé, entreprenant. Contraint lui-même de se disperser pour trouver des vivres et des fourrages, il fut surpris par son vigilant adversaire, et gravement compromis. Il fallut encore une fois l'épée de Condé volant à son secours pour rétablir la fortune à Nordlingen (lu45). Moins heureux qu'à Fribourg , le brave Mercy succomba, perte irréparable pour l'ennemi.
Hors d'état de lutter, la Bavière vit bientôt Turenne aux portes de sa capitale; elle n'eut que le temps d'accepter les conditions du vainqueur et de déposer les armes, résultat que Richelieu avait vainement tenté par l'intrigue, et qui entraînait la paix avec l'Allemagne. En effet, sûrs de leurs communica-