‹ Histoire de FranceChapitre 244 sur 339 · L1VHE VI - LOTIS XIV · texte numérisé non relu

L1VHE VI - LOTIS XIV

combattre et de mourir pour elle, et l'élève de saint Vincent de Paul, le coadjuteur de Retz, ne demandait pour les aider que la pourpre de cardinal. Toutefois il fallait un • prétexte. Il n'y avait plus guère de huguenots; l'éloquence des missionnaires, le charme des œuvres de charité, l'entraînement même des lettres et des arls multipliaient chaque jour les conversions. Les grands seigneurs et les princes eux-mêmes n'osaient plus se risquer tout seuls, et sentaient le besoin de s'abriter derrière un corps qui n'eût pas perdu son prestige. Les frondeurs, tel était leur nom, cherchèrent cet appui dans le parlement de Paris, dont le rôle politique avait commencé sous Marie de Médicis, et qui, après une persévérante soumission à l'autorité de Richelieu , se trouvait plus fort sur les ruines de la noblesse et des communes.

LXX. Par un véritable jeu de mots, ces magistrats se croyaient les égaux du parlement, c'est-à-dire des états généraux d'Angleterre, qui en ce moment, jugeaient leur rui. C'étaient d'ailleurs des gens honnêtes, intègres, savants, dévoués à leur souverain et à leur pays, les meilleurs représentants du tiers état ou de la bourgeoisie d'alors. De leur sein étaient sortis les Cujas, les Pasquier, les Harlay , les bons et laborieux ministres de Henri IV. Ne pouvait-on pas espérer de cette nouvelle aristocratie tout intellectuelle plus de sagesse que de l'université et des états généraux au temps des Valois, plus de douceur et de modération que de l'antique chevalerie bardée de fer? La question n'était pas de discuter l'origine plus ou moins légale de leurs prétentions, mais bien de savoir s'ils possédaient ce froid et calme génie des affaires qui justifie tout pouvoir , fût-il celui de Richelieu, ce mépris des intérêts personnels , cet esprit de conduite , cette largeur de vues, si rares en France, même dans une seule tête, à plus forte raison dans une grande assemblée. Dès le premier jour ils s'en montrèrent complètement dépourvus. Us s'irritèrent parce que Mazarin, à bout de ressources, demandait quatre années de leur traitement pour la transmission de leurs charges; ils encouragèrent les bourgeois de

Paris à protester contre un octroi sur les vivres; enfin le coadjuteur se joignit à eux pour crier à l'usure devant un projet d'emprunt à dix pour cent. Cette opposition sur de mesquines questions de finances, qui ne sont plus qu'une goutte d'eau dans le gouffre de la centralisation moderne, arrivait au milieu des Te Deutn chantés pour les victoires du grand Condé, au moment où il fallait un dernier et patriotique effort pour achever la guerre et vaincre l'obstination de l'Espagne (1648).

LXXI. Dans un premier mouvement de vivacité, la reine, comme naguère Marie de Médicis, voulut tenter un coup d'autorité, et fit arrêter trois conseillers. C'était déclarer la guerre au parlement; il fallait la soutenir avec énergie. Mais ni Anne d'Autriche ni Mazarin n'en étaient capables. Ils laissèrent les mécontents soulever le peuple de Paris, toujours ami des émeutes et encore fier des barricades faites pour le duc de Guise. En quelques instants ils virent les bourgeois s'armer, les rues se hérisser de retranchements improvisés et les coups de mousquet éclater jusque sous les fenêtres du Louvre. Épouvantés, ils faiblirent, et rendirent les prisonniers, que la foule emporta en triomphe. C'était se condamner à céder tous les jours davantage devant une colère inutilement provoquée.

LXXII. Bientôt le parlement devint si exigeant, le peuple si mutin, qu'Anne d'Autriche emmena furtivement son fils à Rueil , puis à Saint-Germain, donnant ainsi le signal d'une nouvelle et plus vaste insurrection , et livrant la capitale à toutes les passions qui y fermentaient. Oubliant leur avarice, magistrats et bourgeois votèrent des subsides, levèrent une armée. A leur tète se mit la duchesse de Longueville, qui refusa de suivre la cour, et qui retint à Paris ses nombreux partisans avec le plus jeune de ses frères. Fasciné par sa beauté , l'illustre Turenne essaya de gagner à sa cause les soldats qu'il avait glorieusement commandés en Allemagne; mal écoulé, il vint seul partager ses coupables périls. Quant à Condé, satisfait des largesses de la reine , il resta encore insen-

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