LIVRE VI
LOUIS XIV
émule des Pères du iv° siècle et destiné, comme eux, à confondre l'hérésie. Le grand Turenne céda un des premiers à cette puissante parole, et revint à Dieu aussi franchement qu'à son pays et à son roi.
L XXX VI II. Les arts, qui n'avaient pas encore subi le patronage exclusif et dangereux de la cour, ajoutaient leur éclat aux pompes du culte. Partout s'élevaient de nouvelles églises rappelant par leurs coupoles le dôme de Saint- Pierre de Rome. Le marbre s'animait sous le ciseau de Girardon, que son mausolée de Richelieu venait de rendre fameux. La peinture même, dont les Italiens avaient longtemps conservé le monopole, jetait un éclat inaccoutumé ; bien qu'inférieure à celle du temps de Raphaël, elle contrastait par son élévation avec la trivialité flamande. Le maître de la nouvelle école, le Poussin, avait acquis à Rome un talent du premier ordre, qui fit bientôt l'admiration de Paris. Avec lui s'étaient formés Claude Lorrain, son rival dans la poésie du paysage, revenu d'Italie pour peindre une église des carmélites à Nancy ; Philippe de Champagne, célèbre par ses portraits et appelé à embellir le couvent de la rue Saint-Jacques ; Lesueur, âme tendre que brisa, à la fleur de l'âge, la perte d'une épouse bien -aimée, et qui alla se consoler chez les chartreux, où il peignit la vie de saint Rruno ; enfin Lebrun, qui, moins sérieux, devait survivre aux meilleurs, trahir la destinée de l'art et devenir un décorateur aux gages du roi.
L XXXIX. Généraux, écrivains, orateurs, artistes, tout était donc prêt pour un grand règne. Mazarin, qui y avait travaillé dans la mesure de ses forces, finit paisiblement , emportant moins de gloire, mais aussi moins de haine que Richelieu. Ayant à triompher de l'aversion des Français pour un étranger, il avait préféré les disgrâces et même le ridicule à la cruauté. Pourtant , cardinal par circonstance , et n'ayant jamais eu charge d'âmes, il semblait moins que son prédécesseur obligé à la mansuétude. Il mourut avec dignité, offrant à Louis XIV de lui rendre la fortune qu'il avait acquise à son service et n'en disposant qu'avec une noble largesse.
laissant, au lieu du Palais- Royal et de la Sorbonne , le dôme et la bibliothèque de l'Institut (1661).
XC. Mazarin disparu, le protecteur de Molière et de la Fontaine, le surintendant Fouquet s'était flatté de recueillir sa succession, et, comme pour en acquitter les droits, il avait donné à la cour une fête dans sa terre de Vaux. Rien jusqu'alors n'avait égalé la magnificence de ce parc, dessiné par le Nôtre, embelli de statues, de fontaines jaillissantes , surpassant les fameuses villas d'Italie. C'était là qu'entouré des plus beaux esprits du temps, le financier enrichi vivait avec une prodigalité toute royale, et formait de gigantesques projets sur les Indes et sur Madagascar. Son ambition était excusable; il y avait si longtemps qu'un souverain n'avait gouverné lui-même. Mais Louis XIV s'indigna de cette puissance comme d'un affront fait à la sienne, et, au milieu même des réjouissances qui lui étaient offertes, il résolut la perte de cet hôte imprudent. La vérification de ses comptes fut ordonnée.
XCI. Grâce aux embarras dont le parlement avait entouré Mazarin , tout dans les finances était désordres et dissimulation. Fouquet avait pourvu aux besoins de la guerre par des ordonnances au comptant, sorte de bons du trésor payables à des échéances fixes ; mais , ce papier-monnaie ne pouvant se multiplier sans se déprécier, il avait fallu avoir recours à des emprunts faits en apparence au taux légal , au fond à douze ou dixhuit pour cent ; le surplus de l'intérêt se payait secrètement. La misérable ressource de la vente des offices n'avait pas non plus été négligée ; leur nombre , diminué de deux mille par Richelieu , avait repris un effrayant accroissement. D'autres impôts non moins nuisibles frappaient les marchandises, ruinaient le commerce, et avaient singulièrement réduit le mouvement des ports. Il y avait dans tous ces expédients plus de griefs qu'il n'en fallait pour accabler un homme. Pourtant l'opinion s'émut en faveur du surintendant disgracié, et, usant d'une clémence dont il avait rarement eu le courage, le parlement ne le condamna qu'à l'exil. Le roi