‹ Histoire de FranceChapitre 261 sur 339 · LIVRE VI — LOUIS XIV · texte numérisé non relu

LIVRE VI — LOUIS XIV

Bel , il avait interdit les envois d'argent à Rome, confisqué des biens ecclésiastiques, étendu à toutes les provinces la régale ou jouissance des revenus et bénéfices des évêchés vacants. En même temps il prétendait rassurer sa confiance et apaiser Dieu en sévissant contre les calvinistes. La plupart s'étaient paisiblement adonnés au commerce sous la protection de Colbert. C'était assez pour attirer la haine de Louvois. Quelquesuns se trouvèrent mêlés à des émeutes pendant la dernière guerrei De là prétexte pour les exclure tous des fonctions judiciaires, pour défendre les mariages mixtes, détruire les temples, exempter les convertis d'impôts et décharges, loger des soldats par douzaines chez les autres, bannir les relaps, confisquer leurs biens et enlever leurs enfants.

CXXIII. Sans doute les pays protestants ne se montraient pas moins intolérants à l'égard des catholiques, et c'était rentrer dans le droit public du temps que d'abolir les libertés et privilèges exceptionnels que Henri IV avait laissés à ses anciens coreligionnaires. D'ailleurs , n'étaient-ce pas des conspirateurs cachés, toujours en relation avec l'étranger, toujours en révolte contre le pouvoir? Dans ses vieux jours, saint Augustin même n'avait-il pas fini par invoquer l'appui du bras séculier contre ceux que sa voix n'avait pas persuadés? A son exemple, plus d'un missionnaire fatigué espérait achever ainsi son œuvre, oubliant que la force n'avait sauvé l'Afrique ni de l'hérésie ni des barbares , et que , pour être efficace, le châtiment le plus légitime doit venir avant tout d'une autorité sincère et vertueuse. Innocent XI flétrit avec courage cet odieux prosélytisme, et avertit par trois fois le roi que ces violences ne réparaient pas ses torts. Mais les évêques de France abandonnèrent lâchement leur chef. Aveuglés par l'éclat du trône, séduits par sa fatale protection, ils se firent les instruments de sa révolte et de sa tyrannie. Le grand Bossuet lui-même eut la faiblesse de présider leur servile assemblée de 1682, et de consentir aux quatre propositions qui consacraient la supériorité d'un concile sur le saint-siège et l'indépendance

absolue du pouvoir temporel. Puis ils écrivirent au pape, le suppliant de faire les mêmes concessions, et de ménager le roi très chrétien, sous lequel les hérétiques n'osaient plus ouvrir la bouche. La réponse fut sévère et digne : « Vos paroles et vos actes « montrent la peur qui vous fait agir, et que « vous voudriez faire passer dans mon cœur; « mais il est plein de l'amour de Jésus-Christ, « et l'amour bannit la peur. »

CXXIV. Pour résister, Louis XIV se rapprocha des jansénistes du parlement, complices de son orgueil et de sa raideur , et désireux de se venger des condamnations de Rome. D'un commun accord, ils rendirent les quatre propositions obligatoires. Il fallut jurer de les professer pour obtenir un bénéfice ou même un grade universitaire. Les partisans de cette étrange doctrine furent comblés de faveurs et désignés pour les principaux sièges épiscopaux. Le pape leur refusa l'institution canonique, et, au bout de trois ans, trente-sept diocèses se trouvèrent aux mains de prélats sans pouvoirs. Tandis que le royaume entier, comme aux plus mauvais jours du xiv" siècle, suivait son roi sur la pente du schisme, un ambassadeur, jouant le petit Nogaret , entrait à Rome à la tête de plusieurs escadrons de cavalerie, et bravait l'excommunication .

CXXV. Ce fut encore aux protestants d'expier cette criminelle obstination. L'édit de Nantes fut brusquement révoqué (1685), l'exercice du culte calviniste interdit, tous les pasteurs bannis, des dragons envoyés par escouades pour disperser les rebelles, poursuivre les fugitifs, enlever les enfants et convertir les villages le sabre au poing. Ces rigueurs arrêtèrent pour longtemps le retour des hérétiques au catholicisme. Presque tous disparurent, emportant à l'étranger leur industrie, leurs richesses et une haine implacable contre leur patrie. Ni la confiscation ni les galères ne purent arrêter cette émigration. Les uns gagnèrent Genève ou Berlin ; les autres, et à leur tête le maréchal de Schomberg, allèrent grossir les troupes de l'ambitieux prince d'Orange ; le brave Duquesne quitta la marine , et mourut disgra-

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