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LIVRE VI

LOUIS XIV

mille hommes, en prenait huit mille avec cinquante-cinq canons et plus de cent drapeaux. A la frontière du Piémont, Catinat débouchait vigoureusement des Alpes, descendait dans la vallée du Pô , et culbutait l'ennemi à Staffarde (1690). Mais, au lieu de recevoir des renforts qui leur permissent de profiter de ces succès, les vainqueurs furent obligés d'en envoyer à l'armée du Rhin , réduite à parader sous les ordres de monseigneur le Dauphin. Au contraire, Guillaume, après avoir jeté à la mer les troupes du roi Jacques , s'était hâté de passer sur le continent pour tenir tête lui-même au vainqueur de Fleurus , et le fds de Schomberg , débarqué en Italie avec quelques bataillons d'émigrés, opposait à Catinat une résistance désespérée.

CXXIX. Sur l'Océan, l'orgueil de Louis XIV était encore plus cruellement puni. D'après l'avis de Jacques II, qui se vantait d'avoir des intelligences dans la marine anglaise, il avait ordonné à Tourville de livrer bataille. Jamais amiral n'avait vu si belle flotte naviguer sous son pavillon. Quarante-quatre gros vaisseaux , comptant presque tous plus de cinquante canons, formaient sa ligne de bataille; ses hommes étaient pleins de bravoure, lui-même était le plus digne après Duquesne de soutenir l'honneur français. Mais tout cela vint se briser contre des forces deux fois plus nombreuses. Les défections promises par Jacques II n'étaient qu'une chimère ; Hollandais et Anglais se battirent avec un accord rare. Après une journée d'efforts héroïques , Tourville dut renoncer à renouveler le combat et songer à la retraite. Il était en vue des côtes de France, non loin du cap de la Hogue ; Cherbourg n'existait pas; point de port pour abriter ses navires, dont aucun n'avait encore péri, mais dont plusieurs avaient beaucoup souffert. Les défendre, c'était s'exposer à les perdre tous. Il fallut se résigner à un douloureux sacrifice, laisser en arrière les plus maltraités , et parmi eux , triste présage ! le Soleil-Royal, magnifique vaisseau de cent six canons. Pendant que l'escadre s'échappait entre la côte et les îles d'Aurigny et de Guernesey, l'ennemi la poursuivait de près, re-

cueillant les fruits de sa victoire. L'un après l'autre, quinze vaisseaux se jetèrent à la côte, et y furent livrés aux flammes (1692). De ce jour tomba le prestige de la marine française. Colbert n'était plus là pour réparer ses pertes. Abandonnée à son malheureux sort et négligée pour la guerre continentale, elle put encore s'enorgueillir des audacieuses pirateries de Jean Bart et de Duguay-Trouin , mais elle n'osa plus prétendre à la domination des mers.

CXXX. Encouragé par ce triomphe, Guillaume résolut de vaincre, lui aussi, à force de persévérance la fortune qui le condamnait à être toujours battu. Il trompa Luxembourg par un faux rapport d'espion, et l'attaqua en flanc à Steinkerque (1692), sur un terrain étroit où la cavalerie ne pouvait se déployer. Cette surprise eut d'abord un plein succès ; mais les gentilshommes, les princes euxmêmes, qui jusqu'alors se piquaient de ne combattre qu'à cheval , mirent pied à terre pour arrêter le désordre. Leur exemple ranima les troupes. L'ennemi fut repoussé, laissant dix canons et douze cents prisonniers. L'année suivante, le roi vint en personne avec Mme de Maintenon faire une apparition à l'armée. Comme d'ordinaire , il amenait de brillants renforts. Ayant cent mille hommes sous la main, il pouvait enlever Guillaume, qui , avec cinquante mille à peine , occupait un camp retranché près de Louvain. Luxembourg se jeta à ses genoux pour obtenir la permission de vaincre. Mais Louis XIV redouta le hasard des batailles ; il repartit sans avoir rien fait , sinon d'affaiblir encore une fois l'armée de Flandre au profit de son fils inactif en Palatinat.

CXXXI. Libre par son départ , Luxembourg résolut de réparer à tout prix cette déplorable inaction , et vint attaquer les Hollandais à Neerwinde (1693). Ils occupaient sur une hauteur deux villages peu éloignés, reliés par un fossé de quatre pieds et par de solides batteries. Sans bien reconnaître leur position, l'élève du grand Condé laisse sa cavalerie au centre, et ordonne l'attaque des villages. Guillaume s'y maintient avec opiniâtreté. En même temps, il fait pointer

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