LIVRE VI
LOUIS XIV
çais, n'avait songé qu'à battre en retraite sur Ulm. Villeroi recueillit les débris de la bataille, et vint s'abriter derrière le Rhin. Cette défaite, la plus triste du règne, n'était pourtant que le début de malheurs plus grands encore. En Italie, le duc de Savoie, toujours en quête d'agrandissements et l'allié du plus fort, venait d'entrer dans la coalition; il avait forcé Vendôme à revenir sur le Mincio , et à consumer la moitié de ses forces au siège de Turin. En Espagne, les Anglais, maîtres de la mer, faisaient des débarquements à Cadix , à Gibraltar, à Lisbonne, et jetaient une armée en Catalogne.
CXLVIII. Heureusement, les vainqueurs d'Hœchsta?dt n'avaient qu'à demi tiré parti de leur triomphe. Contents d'avoir délivré l'Allemagne , ils s'étaient de nouveau séparés, au lieu de tenter un coup décisif sur le Rhin. Il leur fallut du temps pour revenir, l'un en Relgique, l'autre en Italie. Ce fut une année de répit pour la France; puis les désastres recommencèrent. Philippe V se vit contraint d'évacuer Madrid. Villeroi, toujours malheureux, fut attaqué par Marlborough à Ramillies (1706); son armée se débanda, laissa à l'ennemi six mille prisonniers , toute son artillerie , et, ne pouvant plus tenir la campagne, se dispersa dans les places fortes. Libres d'agir, les Anglais prirent Anvers, Oudenarde et Ostende, villes peu amies des Français, empressées d'ouvrir leurs portes à l'étranger. Pour rendre quelque courage à ces troupes démoralisées, Louis XIV rappela Vendôme , qui faisait encore bonne contenance en Italie, et envoya à sa place un vaincu d'Hœchstaedt , le timide Marsin. Fort avec un pareil adversaire, le prince Eugène reprit sa vieille tactique, fit tomber les lignes de la Lombardie en longeant la rive droite du Pô , marcha audacieusement sur Turin, que les Français s'obstinaient à investir, les attaqua dans leurs retranchements, d'où ils n'avaient osé sortir, parvint à les déloger, leur prit leurs pièces de siège, et les rejeta en désordre sur Pignerol et sur les Alpes. Milan et le royaume de Naples furent le prix de cette victoire (1706).