CXLIX. Rampné partout sur son propre
territoire et menacé de le voir bientôt envahi, Louis XIV offrit la paix. Aux Hollandais il laisserait la Relgique, à l'archiduc d'Autriche l'Espagne avec ses colonies, et de ce vaste empire il ne garderait, pour Philippe V, que les États d'Italie, c'est-à-dire ce qu'il eût peut-être d'abord obtenu sans combat. Ses propositions furent durement repoussées. Ses ennemis se flattaient d'écraser sans peine cette nation vaincue sur tous les champs de bataille. Ils ne se doutaient pas qu'en la dépouillant de ses trop vastes conquêtes ils avaient eux-mêmes concentré ses forces, et qu'ils allaient se heurter aux redoutables frontières où s'était brisée la puissance de Charles-Quint et de Philippe IL La fortune sembla d'abord encourager leur présomption. Vendôme ne put sauver la place de Lille, bravement défendue par le vieux Rouffiers. Gand, Rruges et toute la Flandre furent évacués.
CL. La famine et un hiver affreux vinrent se joindre aux maux de la guerre. Plus de commerce, plus de marine. Le trésor aux abois ne vivait qu'en altérant les monnaies , en revendant les offices municipaux , et, chose inouïe, en exploitant la disette par l'accaparement des grains. Vauban, dans sa Dime royale, dénonça les abus de l'administration , et proposa une meilleure répartition de l'impôt. Mais, prenant ses conseils pour un outrage, le roi fit saisir et condamner son livre. Le grand homme en mourut de chagrin. Ainsi, tandis que les maux de la France s'aggravaient de jour en jour, les découvertes de la centralisation moderne étaient rejetées comme des chimères , aveuglement à la fois heureux et déplorable; car, s'il rendait le joug de la royauté plus dur et plus inégal, il mettait une limite à sa puissance , l'empêchait de dissiper jusqu'au bout, en folles entreprises, les ressources du pays , et l'obligeait à revenir aux conditions modérées qui se pouvaient encore soutenir avec force et dignité.
CLI. Rendu sage par ses défaites, le roi offrit de céder le Milanais , puis la Sicile, puis Naples. On lui demanda Strasbourg, et on voulut le forcer de détrôner lui-même son petit- fils. Rlessé dans son honneur et relevé