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LIVRE VI

LOUIS XIV

effet, du jour où, à l'exemple de l'Espagne, les princes catholiques voulurent exploiter à leur profit les vertus et les conquêtes des saints, ils semblèrent prendre plaisir à ébranler, à gâter, à ruiner leur propre cause. Jean- Sigismond sa vit repoussé par la Suède ; l'Autriche reçut un coup mortel dans la guerre de Trente ans ; les Stuarts furent deux fois chassés d'Angleterre; la Pologne, abandonnée au hasard des élections, devint vassale de la Russie. La fille aînée de l'Église, la France, alliée de la Suède, de la Hollande, de Cromwell et des princes protestants d'Allemagne, fut la complice secrète ou avouée de toutes ces révolutions, et s'acharna avec une incroyable persévérance à la perte de l'Autriche et de l'Espagne. Quand, par un retour tardif plus ambitieux que chevaleresque, plus intéressé que chrétien, Louis XIV voulut anéantir la Hollande, rétablir les Stuarts et relever pour un des siens la monarchie espagnole , imitateur de Philippe II, il ne recueillit comme lui que désastres et qu'infortunes. Il laissa la mer aux mains des Anglais , le continent envahi par les Russes, le catholicisme partout vaincu, et ses propres États misérables, épuisés, menacés d'une prompte décadence.

CLXI. Humiliée au dehors, la France portait en elle-même une plaie plus profonde encore, et expiait cruellement ses jours d'ivresse et d'idolâtrie. Au lieu de réaliser les chimères qu'elle en avait follement espérées, la toute-puissance de son grand roi n'avait abouti qu'à l'asservissement des villes et des provinces, à l'abaissement des caractères, aux progrès du despotisme fondé par Philippe le Rel, par Louis XI et par Richelieu. Non content de tenir le parlement dans une étroite obéissance, de ruiner et de corrompre la noblesse à l'air de sa cour, de détruire les vieilles libertés des communes et des corps de métiers, Louis XIV tenta de joindre la servitude morale à la servitude politique et de dépouiller la France de la liberté religieuse, en opprimant les évêques et en persécutant les calvinistes , en détruisant la suprématie du saint-siège, en étouffant l'indépendance des lettres et des idées.

CLXII. Toutefois cette œuvre même ne fut pas complète. Tant qu'il encouragea la jalousie héréditaire des petits contre les grands, tant qu'il flatta les mauvais penchants de ses sujets, les entraînant sur la pente des voluptés sensuelles et de l'amour-propre national, il resta leur idole; leurs vices et les siens grandirent à l'envi. Du jour où, converti par Mmo de Maintenon, il essaya d'arrêter ce torrent par la force, il put bien trouver encore quelque écho dans l'orgueil janséniste ou gallican, mais il perdit les sympathies générales. Nouveau Richelieu, il fit maudire sa puissance, ses rigueurs, sa piété même et jusqu'à ses plans de grandeur pour sa patrie. Dons et mauvais se révoltèrent contre cette demi-sagesse odieuse au caractère français , et soupirèrent après la fin d'un joug importun. La monarchie absolue, qui n'avait eu de force et de vie qu'en soutenant les droils, les intérêts, les instincts des classes populaires, et en laissant à la France une liberté intellectuelle supérieure à celle de tous les pays d'Europe, se perdit en devenant infidèle à sa mission et en voulant tout briser sous sa main. Par malheur, aux yeux d'esprits prévenus, la foi catholique resta identifiée avec cette triste politique , comme jadis elle l'avait été aux yeux de l'Allemagne avec l'ambition de Charles-Quint : de là contre elle la source d'une longue et injuste antipathie.

CLXII I. Les grands hommes et les saints qui avaient illustré ce siècle n'étaient pas morts sans avoir imprimé à toute la nation des mœurs plus douces, des idées plus pures, et l'infusion de la sève chrétienne avait continué dans ce monde perverti, comme jadis au sein de l'empire romain. Car, de même que l'artiste se reflète dans les œuvres de ses élèves , de même une génération se reflète encore dans les générations suivantes. Mais il ne restait qu'un écho lointain des sentiments généreux, des magnifiques controverses, des grandes inspirations, qui avaient fait de la langue française la première et la plus puissante du monde. Ce langage si pur, cet esprit, cette activité, allaient encore une fois se tourner contre l'Église, qui

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