‹ Histoire de FranceChapitre 277 sur 339 · LOUIS XV — LA REVOLUTION · texte numérisé non relu

LOUIS XV — LA REVOLUTION

I. Excepté le roi d'Espagne Philippe V et le jeune Louis XV, Louis XIV ne laissait point d'héritiers légitimes. Mais à côté de cette branche directe, qui menaçait de s'éteindre, subsistait celle de son frère le duc d'Orléans, naturellement destinée à succéder à la première à l'exclusion de Philippe V, qui avait renoncé au trône de France. Gros, lourd, sensuel, incapable d'ambition et d'activité, le second d'Orléans avait été comme les autres princes du sang tenu à l'écart par la méfiance de son oncle. Pendant la dernière guerre, il avait été accusé de convoiter la couronne d'Espagne, choix qui en niénageant davantage les susceptibilités de l'Europe, eût été, comme celui du prince de Conti en Pologne, d'une bonne et sage politique, mais dont la pensée seule passa pour un crime de lèse-majesté. Par ses disgrâces non moins que par sa position, le duc devint naturellement le centre des mécontents, dont le nombre allait chaque jour grossissant. Jeunesse licencieuse , nobles humiliés, amis de Féuelon , tout le monde se rattachait à lui. Ce fut assez pour que le roi l'exclût de la

régence, comptant vainement commander encore à la France du fond de sa tombe.

IL Louis XIV mort, Mmo de Maintenon disparue, le courage vint à chacun de crier à la tyrannie et d'insulter l'idole de la veille. Dernier reste de la volonté du roi, son testament fut cassé par le parlement ; la régence fut rendue au duc d'Orléans (1715), et les magistrats de reprendre le droit de remontrances, les villes leurs libertés municipales, les courtisans leurs plaisirs , les cœurs généreux leurs vieilles espérances. Mais le bon duc de Bourgogne et son aimable précepteur n'étaient plus, et, eussent -ils vécu, que seraient devenus leurs beaux rêves pour le bonheur des peuples ? La liberté et la vertu se décrètent-elles jamais '? Au pouvoir s'installent deux personnages bien différents, le voluptueux d'Orléans, avec son valet-précepteur Dubois, plus heureux que Fénelon, et à la mitre souillée de Cambrai joignant bientôt la pourpre de cardinal. Vainement les gens de bien essayent de combattre auprès du régent la pernicieuse influence de ce misérable. Us purent bientôt mesurer l'abîme où la

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