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LIVRE VII

LOUIS XV

antiques maisons usées par le vice n'étaient point remplacées. S'il surgissait quelque homme marquant, c'était encore plus qu'au siècle précédent du sein de la classe populaire , et parmi ces parvenus d'un jour bien peu réalisaient l'œuvre de patience, de vertu, d'économie qui consiste à fonder une famille. Leur passion dominante, c'était l'argent acquis sans travail par emprunt ou par spéculation.

XIII. Le clergé lui-même, faisant trêve aux grandes controverses, jouissait tranquillement de ses revenus. Rome, où n'affluaient plus les aumônes de la chrétienté, vivait en aliénant le produit de ses impôts. Les papes , sortis de familles nouvelles, qu'ils songeaient trop souvent à enrichir , et préoccupés outre mesure de questions financières, cherchaient la paix à tout prix, et n'avaient pas osé refuser la pourpre à Dubois. La matière envahit les arts. Dans toute l'Europe les fresques du moyen âge sont couvertes de badigeon ; des ornements barbares souillent les portiques de Saint-Gervais, de Saint-Eustache et jusqu'au chœur de Notre-Dame. Les peintres consacrent leurs pinceaux à de vulgaires amours. La musique, adoptant le nouveau genre italien, ne fait plus attention aux paroles qu'elle interprète, et porte ses efforts sur la perfection toute sensuelle de l'harmonie. Partout aux Romains de Corneille et aux Grecs de Racine succèdent de vulgaires bergers, et, dans les lettres comme dans les mœurs , le chevaleresque idéal espagnol fait place au plus grossier cynisme.

XIV. Même dévergondage en philosophie, où l'incrédulité règne sans partage , et déverse un mépris effronté sur tout ce qui fut l'objet de l'amour et du respect des hommes. Là encore l'Angleterre triomphe et donne le ton. Forte de sa prospérité et de sa constitu-

• tion libre, qu'elle ne doit pourtant qu'aux traditions chrétiennes du travail et des vertus de famille, elle semble prendre à tâche de pervertir les autres pour rester seule puissante. Formé à son école , un magistrat studieux et calme , le président Montesquieu , se fait recevoir à l'Académie pour ses Lettres persanes, critique mordante des choses les

plus saintes. Il oublie que la foi catholique , et à sa suite la liberté, le commerce et les arts ont fleuri depuis le fond de l'Italie jusqu'aux plages glacées du Nord, et il érige en système, dans son Esprit des lois, l'influence exclusive des climats sur les institutions et sur la religion des peuples. Aussi aveugle en politique que Law en finances, il s'imagine, erreur fatale, que la liberté des peuples tient, non à la valeur morale, mais à la chimérique recette de la balance des pouvoirs.

XV. Toutefois ces doctes théories étaient encore trop sérieuses. Le héros , le favori , le digne représentant du public d'alors, c'était le jeune Voltaire, ingrat élève des jésuites et du xvii0 siècle, spirituel et fécond écrivain, qui, pendant plus de cinquante ans, inonda le monde de ses productions. Sorti de la petite bourgeoisie, distingué à treize ans par une femme tristement célèbre, dressé par de frivoles épicuriens , il chercha de bonne heure à combler à force d'adresse, de complaisance et de facilité de mœurs, la distance qui le séparait des grands. Une sévère leçon acheva de l'assouplir : il fut mis à la Bastille pour avoir voulu se venger d'un Rohan qui l'avait bàtonné. Il y apprit à ne plus se servir que des armes de l'esprit, et à les tourner de préférence contre des ennemis moins puissants. Flattant les mauvais instincts du siècle, il déchargea toute sa haine sur l'Église et sur ses prêtres. Il affermit son incrédulité en Angleterre, d'où il revint philosophe sans croyances et habile financier. Pendant que sa fortune, commencée dans la banque de Law, se grossissait à petit bruit dans les fournitures militaires , en littérature il abordait à la fois tous les genres, se faisait historien, politique, tragédien, aspirait même à la gloire épique, et choisissait pour sujet les tristes guerres de religion, pour héros le sceptique Henri IV , tandis que , dans son infâme Pucelle, il bafouait et souillait le vrai sujet d'épopée nationale, la chaste et infortunée Jeanne d'Arc. Pour compléter son arsenal d'impiétés, il opposa aux grandes vues historiques de Bossuet YEssai sur les mœurs et l'Histoire des peuples d'Asie, absurde sys-

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