‹ Histoire de FranceChapitre 283 sur 339 · LIVRE VII — LOUIS XV · texte numérisé non relu

LIVRE VII — LOUIS XV

arracher quelques provinces. Tel était l'idéal chevaleresque des philosophes du temps, dont le jeune roi se piquait d"ètre le plus illustre. Il était sur le continent le digne pendant de l'Angleterre , l'imitateur fidèle de cette politique protestante, s'élevant sans foi ni loi sur la ruine de ses voisins, amis ou ennemis. Alors que les autres en étaient à leurs préparatifs, il tomba comme un vautour sur la Silésie, reçut les Autrichiens avec ses bataillons modèles, les écrasa, et, sans s'inquiéter des alliés qui comptaient lui donner la main en Bohème, fit sa paix avec Marie-Thérèse, trop heureuse d'en être quitte pour une province.

XXIV. En effet, à ce moment quatre- vingt mille Français , mieux inspirés que dans la dernière guerre, négligeant l'Italie et descendant le Danube, arrivaient aux portes de Vienne. Marie-Thérèse n'avait point d'armée pour les arrêter. A cette heure solennelle, elle montra que la maison d'Autriche n'était pas décrépite comme sa sœur d'Espagne : elle ne fut pas moins grande que Louis XIV vaincu. Pendant que l'ennemi occupe l'Autriche, et qu'à Prague l'électeur de Bavière se fait couronner roi de Bohème , l'illustre fugitive, vêtue de noir, l'épée des vieux rois au côté, la couronne de saint Etienne sur la tète , présente aux Hongrois son fils au berceau. A la vue de cette reine dominant son malheur, les peuples entiers se lèvent pleins d'enthousiasme, et forment avec les débris revenus d'Autriche et de Lombardie une armée improvisée. En même temps les antiques et fidèles sujets des princes de Habsbourg, les montagnards du Tyrol , se soulèvent et descendent en Bavière couper la retraite à l'étranger. Sans une nouvelle et courte apparition de Frédéric II, inquiet pour ses conquêtes, les Français étaient perdus.

XXV. Un moment reculé , leur péril ne fit que grandir. L'année suivante, ils eurent sur les bras une implacable ennemie , l'Angleterre, entraînant avec elle la Hollande et le Hanovre, et voulant achever sur terre ceux qui sur mer lui résistaient à peine. Tandis que l'électeur de Bavière , insatiable de solennités, se faisait couronner empereur à

Francfort, une armée anglaise, réunie à l'embouchure du Rhin et de l'Elbe, s'avançait en Allemagne et tendait la main aux insurgés tyroliens , déjà maîtres de Munich. Pour n'être pas coupés , les Français remontèrent en toute hâte le Danube, laissant vingt-cinq mille hommes dans Prague, qu'ils ne surent pas abandonner. Bientôt le flot de l'insurrection se referma autour de celte garnison. Aux yeux de chacun, elle était perdue ; dans sa frayeur , le vieux cardinal Fleury implora humblement la fin d'une guerre entreprise, disait-il, à contre-cœur. Marie-Thérèse livra cette supplique à la risée de l'Europe, et résolut de poursuivre sa juste fortune.

XXVI. Bien que parmi ses généraux courtisans Louis XV n'eût personne à lui opposer, ses soldats, comme à Dantzick, ne cédèrent pas sans honneur, et firent voir que, du moins dans les rangs inférieurs, le vieux sang français vivait encore. Prague se défendit près d'une année. Au mois de décembre, quatorze mille hommes en sortirent , et , à travers les neiges et l'ennemi, rejoignirent l'armée du Danube. Restait, avec une poignée d'hommes et des milliers de malades , un lieutenant sans nom et sans fortune, un autre Plélo, le brave Chevert, le même qui, à la tète de ses grenadiers , avait escaladé les murailles de Prague. Sommé de se rendre, il menaça de mettre le feu aux quatre coins de la ville, et obtint les honneurs de la guerre.

XXVII. Les revers n'en continuent pas moins. On évacue honteusement d'un côté la Bavière devant les Autrichiens, de l'autre les bords du Rhin devant les Anglais. Plus un Français en Allemagne. L'Alsace et la Lorraine sont menacées. Stanislas est contraint de quitter Lunéville, et Louis XV, arraché à ses plaisirs ou plutôt les entraînant après lui, veut accourir à Metz pour ranimer les troupes par sa présence. Mais ce courage souillé de fange n'est pas béni. Aux leçons de la fortune se joignent celles de la mort. Le cardinal Fleury descend dans la tombe ; le candidat de la France, l'électeur de Bavière, se meurt de la goutte, et, à sa place, Marie-Thérèse fait couronner empereur son époux, François de Lorraine. Le roi lui-même tombe grave-

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