LIVRE VII — LOUIS XV
menl malade, et, épouvanté de sa situation, il rompt un instant avec son triste entourage. A la nouvelle de son danger, le royaume entier s'émeut. Plus sincères que sa conversion, les prières de ses peuples finissent par désarmer la colère de Dieu. Le prince bienaimé est rendu à la vie, et, pour perpétuer la mémoire de sa guérison, la cathédrale de Metz revêt un somptueux portail, trop fidèle image du goût de l'époque. En même temps l'étranger repasse la frontière pour résister encore une fois au remuant et terrible Frédéric II.
XXVI II. La France et Louis XV venaient d'échapper à un grand danger. Il fallait désormais renoncer au but de la guerre en Allemagne et reconnaître le nouvel empereur, trop heureux que Marie-Thérèse, modérée dans ses vengeances , se bornât à jouir de son triomphe et à surveiller la Prusse. Restait l'Angleterre, toujours maîtresse de l'Océan, et occupée à prendre l'une après l'autre les colonies françaises. Mais elle s'était engagée avec la Hollande dans la guerre continentale. Hors d'état de la vaincre sur mer, on pouvait espérer de lui arracher ses conquêtes en détruisant ses troupes et en écrasant son alliée. La guerre se trouvait ainsi ramenée sur le vieux champ de bataille de Louis XIV et de Guillaume d'Orange.
XXIX. Pour le moment, les deux armées en présence se disputaient avec acharnement la place de Tournay sur l'Escaut. Les choses traînaient en longueur faute de grands généraux. Par bonheur Louis XV trouva, non parmi ses courtisans, mais au fond de l'Allemagne, un aventurier de génie. Maurice de Saxe. « Il ne s'agit pas de vivre, mais de partir, » s'écrie en quittant son lit ce fougueux hydropique, usé par le plaisir. A peine arrivé à l'armée, il laisse vingt mille hommes devant Tournay, et avec le reste court audevant de l'ennemi, à Fonlenoy, dans une bonne position , abritée par des bois , des ravins, des villages, et garnie de redoutes. Après des attaques inutiles aux extrémités, les Anglais abordent le centre en masse serrée de douze mille fantassins, et culbutent les gardes françaises qui demeuraient immo-
biles , se piquant sottement de ne pas tirer les premiers. La trouée devient menaçante. Embarrassé de la présence du roi , Maurice songe à le mettre en sûreté, et donne des ordres pour la retraite. Tout à coup, de sa carriole d'osier, il s'aperçoit qu'aventurée dans son succès la colonne anglaise s'arrête pour attendre ses ailes. Il saisit cet instant pour rallier les gardes françaises , y joint les Irlandais toujours ardents à la mêlée, les lance tous sur l'ennemi, l'écrase, le détruit, et lui prend quarante canons (1745). L'ennemi dispersé, Tournay se rend. Gand , Bruges, Ostende, en font autant, et Louis XV peut se donner la jouissance d'une rentrée triomphale à Paris.
XXX. L'année suivante, l'armée est portée à quatre-vingt-dix mille hommes. Le maréchal de Saxe fait tomber Anvers, dernière place sur l'Escaut, et marche sur la Meuse. L'ennemi la repasse en désordre, lui laissant, outre la ville de Namur, sept mille prisonniers et cinquante canons. Cependant deux places, réputées imprenables, Berg-op-Zoom et Maëstricht, couvraient cette rivière, l'une à 'l'ouest, l'autre à l'est, et fermaient ainsi la route de la Hollande et du Rhin. Pour agir suivant les règles , avant d'aller plus loin il fallait s'en emparer, et ce n'était pas trop de deux ans pour achever ces deux sièges qui semblaient défier tout le courage et tout l'art français. Tandis que Maurice tenait la campagne, et remportait la victoire de Lawfeld, un de ses amis de fortune et de plaisirs, un Danois, investissait Berg-op-Zoom, et, en dépit d'un bras de mer à passer, enlevait de vive force ce chef-d'œuvre de fortifications (1747). Ce fut ensuite le tour de Maëstricht, qui renfermait, disait-on, la paix dans ses murs.
XXXI. En effet, la Hollande, menacée de toutes parts , trouva que c'était assez payer pour les Anglais, et ne voulut pas attendre les Russes, qui s'annonçaient une seconde fois sur le Rhin. En échange des places conquises, la France recouvra ses colonies, les unes prises, les autres à la veille de succomber, toutes livrées à leurs propres forces depuis des années (1748). Le Canada avait