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LIVRE VII

LOUIS XV

courageusement résisté. Aux Indes, Dupleix avait défendu Pondichéry, noué des relations avec les habitants du pays, et le commandant de l'île de France, la Bourdonnais, était parvenu avec ses propres ressources à prendre Madras. Mais une affreuse tempête et de tristes divisions entre les deux chefs avaient arrêté leurs succès. Pour prix de ses efforts, la Bourdonnais revint mourir à la Bastille, et peu d'années après, Dupleix, rappelé au moment où il allait conquérir un empire à sa patrie, devait finir ses jours dans une profonde pauvreté. Les Anglais pouvaient rendre sans inquiétude des colonies si mal gouvernées; ils étaient sûrs de les voir végéter et de les ressaisir à la première occasion, pendant que les leurs prenaient chaque jour un nouvel essor.

XXXII. Tandis que l'Angleterre triomphait d'avoir empêché tout agrandissement de la France sur le continent , l'œuvre protestante du traité de Westphalie y avait été consolidée, et Marie-Thérèse ne s'était soutenue qu'en cédant définitivement la Silésie au roi de Prusse. Cet allié, que la France pouvait se vanter d'avoir couvé comme elle avait couvé la Hollande et l'Angleterre, et qui pourtant avait montré, même pendant la guerre, si peu de reconnaissance, restait armé malgré la paix, et cherchait quelque nouvelle occasion d'exercer son génie militaire. En attendant, il jouissait d'une gloire croissante, et partageait avec l'Angleterre l'admiration et le culte des philosophes servilement dévoués au droit du plus fort. En vain Louis XV, accordant à ces princes de la pensée une demi-protection et leur donnant des gages trop nombreux de son indifférence religieuse, nommait Voltaire gentilhomme de sa chambre et historien de la couronne. En vain la fille du bouclier Poisson, devenue marquise de Pompadour et premier ministre depuis la mort de Fleury, se déclarait favorable aux libres penseurs et ennemie des jésuites. Elle n'obtint que de justes mépris, et rien ne put empêcher le prince des lettres et de la sagesse d'aller présider l'académie toute française de Berlin et vivre dans l'intimité du roi de Prusse. Toutefois l'union de ces deux

joyeux et cyniques amis ne fut pas de longue durée. L'un prétendait tout manier à sa guise; l'autre voulait avant tout rester roi. Ils finirent par se brouiller, et Voltaire alla s'établir à l'ombre du tombeau de Calvin , sur les bords du lac de Genève, d'où il put, au mépris de l'hospitalité, inonder la Suisse et le monde de ses livres impies, et assister en spectateur insouciant à la honte et aux nouveaux malheurs de sa patrie. *

XXXIII. En effet, la guerre allait se rallumer. Sur mer, les Anglais regrettaient les concessions que leur avait arrachées le salut de la Hollande. Suivant leur usage , ils saisirent en un jour trois cents navires de commerce. Leurs colons d'Amérique, et parmi eux le jeune Washington , envahirent le Canada, et y massacrèrent avec une rage barbare les soldats qu'ils surprirent. De leur côté, les Français, toujours brillants dans leur premier élan, occupèrent la Corse, et, commandés par le duc de Bichelieu, enlevèrent l'île et le fort de Minorque, sans brèche praticable, par une audacieuse escalade. Sur terre , les rôles étaient changés. Désireuse de recouvrer la Silésie , Marie-Thérèse s'était rapprochée de Louis XV, et était descendue jusqu'à appeler la Pompadour sa cousine. Au contraire, Frédéric II avait exaspéré par ses sarcasmes toutes les femmes haut placées, jusqu'à l'impératrice de Bussie. A la veille d'avoir l'Europe entière sur les bras, il s'unit à l'Angleterre , digne de faire cause commune avec lui , et , prévenant ses ennemis , il prit l'offensive en Saxe et en Bohême avec quatre-vingt-dix mille hommes (1756).

XXXIV. Au lieu d'accabler les Prussiens et de construire à tout prix des vaisseaux, Louis XV, livrant encore une fois ses colonies à elles-mêmes et réunissant lentement une armée sur le Bhin, préludait à la grande guerre par de mesquines persécutions contre les jansénistes. Le parlement et la Sorbonne lui résistaient avec un zèle non moins ridicule. Un instant cette comédie religieuse prit les proportions des troubles de la Béforme. Un laquais sans place, exalté par les jansénistes, Damiens, voulut donner un avertissement au roi. et, se glissant parmi sa suite,

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