LIVRE VII
LOUIS XV
lui donna un coup de canif ( 1757). On lmi fit un Ravaillac. Son arme pouvait être empoisonnée. De terreur, Louis XV se coucha , et appela en toute hâte un prêtre. Le coupable fut mis à la question, puis tenaillé, arrosé de plomb fondu , écartelé aux yeux de toutes les belles dames accourues à la Grève. Sa famille entière fut bannie sous peine de mort.
XXXV. Pendant ce temps -là, Frédéric II faisait une guerre furieuse en Bohême, et mettait admirablement à profit les lenteurs de ses ennemis. Cependant le temps s'écoulait. Il allait avoir sur les bras, d'un côté les Russes, de l'autre les Français commandés par le vainqueur de Minorque. Un seul appui lui restait : c'étaient les Anglais et les Hanovriens réunis à l'embouchure de l'Elbe. Richelieu les accula auprès de Klosterseven et les força tous à capituler. Dès lors comment tenir têteàtrois grandes armées? Le roi de Prusse se crut perdu, pensa au suicide ; puis, reprenant courage, il résolut de vaincre ou de mourir. L'ineptie des Français justifia cette confiance. Pendant que Richelieu, surnommé le père la Maraude, vivait grassement sur l'Elbe avec ordre de rester immobile, un courtisan, ami de la Pompadour, Soubise, comptant recueillir tout l'honneur de la victoire , occupait Leipsick avec une soixantaine de mille hommes, et attendait, dans une sotte présomption, que Frédéric eût refoulé les Autrichiens en Bohème et les Russes en Pologne. Enfin le grand tac-
Marie-Thérèse d'Autriche. (P. 314.)
ticien paraît à Rosbach avec vingt-cinq mille hommes ramassés à la hâte. Pendant que les généraux prennent leurs mesures pour l'envelopper le lendemain, et que les soldats, se fiant au nombre , restent dispersés pour chercher des vivres, au jour tombant, les Prussiens , qu'on croit au repos , changent de front, et se jettent avec toutes leurs forces sur la
droite française. La panique se propage dans le reste de l'armée, qui se débande et ne songe qu'à fuir.
La nuit seule couvre sa déroute (1757).
En quelques jours, Frédéric aurait bon marché de ces pillards épars en Thuringe, sans les Autrichiens, qui viennent encore de forcer la Silésie. Cette fois ils payeront cher leur inopportune offensive. Leur adversaire a tout l'entrain du génie et de la victoire. Il leur prend ou leur tue quarante mille hommes, et rejette le reste en Bohême.
L'année suivante , c'est le tour des Russes, qui, n'ayant su aider personne, se voient justement abandonnés à leur tour. XXXVI. Sur ces entrefaites, l'Allemagne, irritée des déprédations de Richelieu, se soulève et rend des armes aux Hanovriens parjures de Klosterseven. L'armée du Nord , commandée par un Condé peu digne de ce nom, abandonne ses malades et ses prisonniers, recule jusqu'au Rhin, se laisse tourner à Crefeld par une poignée de Prussiens, cherche dans sa frayeur un refuge à Cologne, livre sans combat Dusseldorf et la route de Bruxelles. En même temps le vaincu de Ros-