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LIVRE VII

LOUIS XV

comme une grande victoire. Avoir écrasé la compagnie de Jésus , c'était se relever des hontes de la dernière guerre, réparer la perte de ses colonies, égaler la gloire de ses voisins et à jamais illustrer un règne. En échange des jésuites, la France fut dotée des francs-maçons, société secrète se rattachant, disait- on, aux anciens templiers, et employant précisément à l'élévation de ses membres et à la ruine de ses adversaires l'organisation dont elle accusait les ordres religieux, c'est-à-dire la puissance d'une affiliation mystérieuse, d'une aveugle obéissance et d'un espionnage général. Entouré d'épreuves et de serments, formé en grande partie de gens sans foi, d'ambitieux, de réfugiés de tous les pays, le nouvel ordre ne tendait qu'à ruiner de plus en plus la religion et le pouvoir.

XLIV. Toutefois il ne fallait pas s'arrêter en si beau chemin. Non contents d'avoir détruit les missions du Paraguay, de l'Inde et de la Chine, et d'avoir réduit à un commerce avide l'apostolat de l'Europe chrétienne , les philosophes encourageaient de leurs éloges et poussaient à de nouveaux exploits les hommes d'État du jour. Lâche et tyrannique dans les pays catholiques, inique et envahissante dans les pays protestants , la politique , identifiée partout au droit du plus fort, allait faire bien d'autres victimes. L'Angleterre et Frédéric II lui-même furent devancés. Une protestante plus audacieuse et plus cynique, l'Allemande Catherine II , impératrice de Russie par le meurtre de son mari, se posa comme le type consommé du souverain moderne. Diderot et Voltaire s'empressèrent de lui ériger un piédestal. Il lui restait à s'illustrer par quelque entreprise fameuse. Elle jeta les yeux sur la Pologne, à demi conquise par Pierre le Grand , mais se débattant encore contre la mort. Ce pays souffrait plus qu'un autre de la dissolution des jésuites , qui en avaient été les apôtres ; la cause catholique y était intimement unie avec le salut de la patrie, et le parti russe n'y avait pas de meilleurs appuis que les dissidents et les juifs. A la mort du roi Auguste III, Catherine prétendit lui donner

pour successeur un de ses favoris , le fit élire sous la pression de ses baïonnettes, et maintint par la violence les prétendues libertés qui paralysaient la constitution polonaise. Quiconque résista fut envoyé en Sibérie.

XLV. En ce péril suprême, le sentiment national se réveille. Une magnifique insurrection éclate et disperse l'étranger. A sa tète marche le vénérable évêque Krasinski; sur ses étendards elle porte le crucifix et la madone; Jésus et Marie, voilà sa devise. Dans sa fureur, Catherine lâche sur les rebelles les Cosaques Zaporogues , barbares indisciplinés, qui massacrent jusqu'aux femmes et aux enfants. Alors les Polonais invoquent une dernière fois l'aide de la France, et demandent à Louis XV un roi héréditaire de son choix. Mais, abruti par un joug encore plus vil que celui de Mme de Pompadour, il se contenta de leur envoyer de l'argent et quelques officiers. Les Turcs seuls, abdiquant leurs rancunes , viennent au secours de ceux qui les ont tant de fois combattus. Quant aux sages, aux penseurs, ils sont tous pour Catherine. Diderot et Voltaire l'encouragent ; les ■ Anglais guident ses vaisseaux dans l'Archipel; le successeur du grand Frédéric, et son imitateur l'empereur Joseph II, triste fils de Marie-Thérèse, s'entendent avec les Russes , non plus pour donner un roi à la Pologne, mais pour se la partager. Leurs armées enlacent ce malheureux pays, et y étouffent toute résistance dans le sang. Cracovie tomba la dernière, et, avec elle, l'indépendance et la vie de cette brave mais imprudente nation. Le plus grand crime politique des temps modernes était consommé sans que personne élevât la voix en faveur des opprimés.

XLVI. Pour se consoler, Louis XV occupait la Corse, île rude et indomptée, qui devait bientôt donner un maître à la France (1768). Du reste, il se livrait chaque jour à un despotisme plus mesquin et plus tracassier. Le parlement ne jouit pas longtemps de son triomphe sur les jésuites. Pour quelques observations au sujet des finances , il fut dissous, et avec lui disparut le dernier vestige d'institutions libres (1772). Serviteur fidèle et dévoué des rois, il n'avait que trop

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