LIVRE I — PEPIN D'HERISTAL
Chez les anciens Romains ou chez les barbares, l'oisiveté était noblesse, le travail servitude. L'appât du gain n'encourageait que le grand commerce, le prêt à usure ou le soin de vastes cultures. La conquête, figurée parla lance, était la source presque unique de la propriété. Les Germains eux-mêmes vivaient de guerre et de pillage. De là l'esclavage, conduisant la multitude à sa tâche sous peine du fouet et de la mort , et engendrant la misère dans les pays les plus riches du monde. Au lieu de l'abolir subitement et de déchaîner les malheureux, aussi avides, aussi cruels que leurs maîtres, l'Eglise prêche
par l'exemple. Les enfants de saint Benoît et de saint Colomban quittent la framée pour la charrue, et s'honorent de choisir les plus pauvres terres pour y vivre à la sueur de leur front. Nulle part leurs monastères ne sont plus nombreux que dans la jeune Austrasie, qui va dominer toute la Gaule. C'est dans ces forêts vierges que, fuyant une vie trop douce, saint Amand, saint Éloi, saint Rémacle, et tant d'autres, ont depuis un siècle propagé l'habitude et l'amour du travail, qui, durcissant les bras , trempant les courages , fera des générations fortes et braves, et remplacera les bienfaits sanglants de la guerre.