SAINT BONIFACE — CHARLEMAGNE
I. Petit -fils de saint Arnoul et du bienheureux Pépin de Landen , neveu de sainte Gertrude, héritier d'une race sainte, vouée tout entière aux devoirs sacrés du mariage chrétien ou aux gloires plus pures encore de la chasteté, Pépin d'Héristal était l'ami naturel de l'Eglise. Il semblait que les Francs dussent trouver en lui non seulement l'activité et l'énergie qui avaient fait défaut aux derniers Mérovingiens, mais encore cette pureté de mœurs, presque inconnue sur le trône, dont Clotilde et Radégonde avaient laissé entrevoir la charmante image, et qui seule fait la force et la durée des familles. Par là aurait vécu pour longtemps dans cette nouvelle race l'hérédité qui perpétue, avec la puissance et les traditions du prince, le respect, l'estime, l'affection des peuples, L'hérédité que saint Ambroise avait en vain cherché à fonder , que Clovis plus heureux avait légué à ses descendants, mais qui, anéantie par leurs vices , était devenue le jouet des maires du palais. 11 est temps que cette grande vertu prenne racine parmi les Francs, pour que leurs conquêtes soient
moine éphémères que celles des Goths , des Huns et des Vandales. Mais il lui faudra des apôtres et des martyrs, et, de même que les moines ont propagé l'amour du travail en dépit des rois fainéants, de même le mariage chrétien devra s'établir et régner sans le concours des princes d'Austrasie , trop tôt corrompus à l'atmosphère du pouvoir. Ce sera la seconde assise de la civilisation que l'Église édifie pour les peuples modernes. A la liberté de l'esclave viendra se joindre la liberté de la femme, comme lui affranchie et relevée de son abaissement séculaire.
II. Au premier moment tout paraissait beau. Sous le glorieux vainqueur d'Ébroïn, la paix, la sécurité, la liberté même renaissaient. Pépin avait rendu aux grands leurs biens et leur influence, aux guerriers leur place au Champ de mai, aux évèques et aux abbés leurs églises désolées. Sorti de sa retraite de Stavelo, saint Lambert était son ami, son conseiller, son compagnon fidèle. Mais qu'il est rare qu'un saint puisse s'asseoir longtemps aux festins des grands ! En approchant du trône, le duc d'Austrasie avait subi