‹ Histoire de FranceChapitre 292 sur 339 · LIVRE VII — LOUIS XVI · texte numérisé non relu

LIVRE VII — LOUIS XVI

en essayant de tous les systèmes et en appelant chacun à travailler au bonheur de ses peuples. Les économistes y furent conviés aussi bien que les élèves de Rousseau. D'un côté, une vive impulsion fut donnée au commerce, à l'agriculture, à la marine ; de l'autre, furent tentés de sincères efforts pour ramener toutes choses à la nature. Les bergers de Florian succédèrent dans les lettres aux grands personnages de l'antiquité ; Gluck et Grétry redemandèrent à la musique des inspirations pures et vraiment dramatiques; partout des jardins anglais à l'imitation du petit Trianon , remplacèrent les allées droites et compassées du siècle précédent; les modes mêmes se simplifièrent, et les femmes se dépouillèrent de leurs paniers. Au milieu de ces transformations opérées avec l'entrain et le prestige de la nouveauté, un ministre honnête, naïf économiste, Turgot, tentait d'extirper les abus invétérés qui enlaçaient la société , et qui, non moins vivaces en ce monde que la mauvaise herbe des champs, avaient crû depuis des siècles sans être réprimés.

LVI. Le mal matériel, de beaucoup le moins grave , était le seul dont on se préoccupât. 11 eût sans doute été possible d'y remédier sans bouleverser l'ordre social avec lequel il faisait corps. Mais c'était précisément une révolution universelle que rêvait ce siècle présomptueux, appelé, croyait-il, à créer en un jour des institutions supérieures à celles du passé. Néanmoins Turgot espérait encore tout concilier. Plus sage que beaucoup de ses successeurs, il voulait avant tout favoriser l'agriculture , objet de sa juste prédilection, source inépuisable de forces, de richesses et de vertus. A ses yeux , la première chose était de débarrasser le paysan des charges que les besoins de l'État et l'oisiveté de la noblesse avaient accumulées sur ses épaules. D'un côté, les seigneurs recevaient la dîme comme au temps où ils rendaient la justice, entretenaient les routes et défendaient le territoire; de l'autre, le roi, qui avait successivement couvert la France de ses juges, de ses ingénieurs, de ses troupes régulières , levait , pour les payer , la taille qui avait atteint et dépassé l'importance de

la dîme. Non seulement les nobles percevaient encore des droits pour des services qu'ils ne rendaient plus, mais ils restaient à l'abri des nouveaux impôts, et même en absorbaient une bonne partie par leurs traitements et leurs pensions; De plus , le pouvoir, dans son indigence , n'avait cessé d'accroître le nombre des privilégiés par la création et la vente d'offices , dont le principal revenu était l'exemption de la taille. Par là le fardeau se concentrait tous les jours davantage. Il en était de même des corvées, seule ressource pour l'entretien des chemins, et du service militaire régulier, dont les gentilshommes et leurs valets avaient la prétention de demeurer affranchis.

LVII. Ce qui achevait de iaire paraître l'impôt intolérable , c'est qu'il était proportionné, non aux biens, mais aux revenus supposés de chacun , et que , comme les curiales du Bas-Empire , les petits propriétaires d'une paroisse devaient répondre les uns pour les autres. Chaque année l'un d'eux était désigné pour payer le tout; s'il ne parvenait pas à se faire rembourser, il restait ruiné. Ainsi, ce qui, dans des communes unies, constituait jadis un régime simple et paternel, avait depuis ouvert le champ aux tracasseries les plus arbitraires. Mieux valait mille fois une règle fixe, immuable, atteignant les biens, non les personnes, et demandant au noble, comme au roturier, un léger droit pour sa terre. Or ce principe, déjà proclamé par Vauban, souleva des tempêtes; chose singulière, il révolta moins les gentilshommes de province, encore imbus des traditions de leurs aïeux , que la noblesse parisienne , résidu de la corruption de deux règnes , et que le parlement , intraitable ennemi de toute réforme. Le roi faillit. Tout ce qu'il crut possible , ce fut de détruire la solidarité de la taille et d'abolir la corvée.

LVI IL Mêmes clameurs quand il s'agit de rendre au commerce des grains la liberté maladroitement supprimée par Colbert, et de renverser les barrières entre provinces , les douanes à la frontière , à la faveur desquelles les grands, et parfois les princes, accaparaient le blé, et s'enrichissaient périodique-

Le pelit Trianon. ( F'. 323.)

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