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LIVRE VII

LOUIS XVI

rique charmaient les esprits par la peinture de celte république idéale, de ces colons sans distinction de caste , cultivant à l'envi de belles campagnes et faisant leurs propres affaires avec la plus entière liberté. En présence de ce vaste champ, ouvert au travail et à l'industrie modernes, et capable de rassasier toutes les convoitises sans que leur choc vînt troubler la prospérité générale, personne ne songeait que l'Europe avait offert un spectacle mille fois plus admirable, alors que, jeune tout entière, elle défrichait son sol ingrat par la main de ses moines, qu'elle le couvrait d'abbayes, de villes libres, d'innombrables communes, qu'elle le défendait contre les Sarrasins, les Normands, les Turcs, les Tarlares, et que, parée des chefs-d'œuvre de l'art chrétien, elle s'unissait spontanément pour les hauts fails de la guerre sainte.

LXVII. Qui avait troublé l'ordre de cette magnifique république, sinon ses membres eux-mêmes, infidèles à leur mission, et tour à tour occupés à se déchirer les uns les autres? L'Italie avait corrompu l'art dans sa source, et personne n'avait recueilli son héritage; ses plus riches cités s'étaient ruinées par leurs dissensions , et avaient cédé leur fortune à la Hollande et à l'Angleterre. La France , pays guerrier par excellence , appelée à conquérir la Palestine, la Syrie, l'Egypte, la Barbarie, peut-être même Constantinople, avait consumé ses forces contre l'Espagne et contre l'Autriche, n'avait pas même gardé sa vieille frontière du Nord, et, dégénérée avant le temps, semblait avoir légué son génie militaire à la Prusse et à la Russie. Dans cette lamentable décadence, la jeunesse, avec sa vie et son charme , s'était conservée chez les peuples septentrionaux, mais incomplète et vouée aux seuls intérêts matériels. Pourtant on se passionnait pour la prospérité de la race anglo-saxonne, de même que jadis pour l'élégance de l'Italie, et, comme il est plus facile d'imiter le mal que le bien, au lieu de prendre l'activité , l'économie , la sagesse , la persévérance de ce peuple tenace, on renchérissait sur sa demi-incrédulité. On n'avait plus qu'un souverain mépris pour un passé glorieux, mais lointain, pour la noblesse, la

royauté, le clergé, et pour tant d'autres institutions, respectables par leurs services, bien que déchues de leur splendeur. Ne voyant que les abus, on oubliait que soi-même on les avait faits par ses vices, son insouciance, sa soif d'or, de plaisirs et sa servilité, et l'on s'imaginait qu'il suffirait d'un jour, d'une idée, pour se relever de cette chute volontaire de cinq siècles.

LXVIII. Pendant que la foule s'enivrait de ces vagues perspectives de nouveautés, les grands persistaient à défendre leurs privilèges menacés et refusaient obstinément de prendre part aux charges de l'État. Pour un déficit annuel de quelques millions, le trésor était aux abois. Turgot venait de mourir. Necker était disgracié pour avoir timidement marché sur ses traces. Le parlement et une assemblée de notables, convoqués pour la circonstance, avaient également rejeté un projet de subvention territoriale (1787). En cet embarras, la Fayette prononça un nom oublié depuis longtemps, invoqué plusieurs fois clans les grandes calamilés nationales, et, au fond, répondant au besoin des e*prits, celui des états généraux. Louis XVI saisit cette idée avec empressement, à la fois heureux de se décharger du fardeau des affaires et d'en remettre la pesante responsabilité à ses peuples eux-mêmes. Consultés par le meilleur et le plus sincère des souverains , éclairés par le flambeau de la philosophie et de la science, comment ne retrouveraient-ils pas le chemin perdu de leur félicité? Chacun se crut revenu aux beaux jours, non de saint Louis, qui passait pour un superstitieux et un barbare , mais de Sparte et de Rome antiques.

LXIX. Les élections se firent avec un indicible enthousiasme, et les députés des trois ordres se hâtèrent d'accourir à Versailles (1789). En réalité, sous ces habits de prêtres, de nobles, de bourgeois, c'était Voltaire et Rousseau qui venaient siéger, l'un avec son rire démolisseur, l'autre avec ses ulopies niveleuses. Devant eux allait comparaître, pour être jugée de fond en comble, une société corrompue , vivant de cynisme et de plaisanteries, refusant le nécessaire à son souverain, et brouiller, comme les mauvaises

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