LIVRE VII — LOUIS XVI
ché de ses aïeux et de ses égaux , de sa province , de sa ville ou de son corps de métier, chacun était livré avec ses propres forces à l'irrésistible domination de l'Etat , et , pour que le châtiment fût plus exemplaire, cet Etat lui-même allait subir le joug et assouvir les fureurs d'une populace en démence.
LXXX. Dans la hiérarchie publique, l'hérédité n'avait plus qu'un représentant isolé, impuissant,entouré deméfiances, c'était l'infortuné Louis XVI.
Jadis , malgré les vices de la cour, la stabilité du trône avait été sauvegardée par les vertus des petits qu'elle protégeait. Maintenant, l'héritier de saint Louis se voyait délaissé du peuple bien -aimé dont il avait voulu faire le bonheur, des grands qui lui reprochaient sa faiblesse,de safamille même qui donnait l'exemple de la perfidie ou de la désertion. Ses deux frères l'avaient quitté, et, parleurs provocations à l'étranger, redoublaient les fureurs de la multitude. Son cousin, le duc d'Orléans, était resté , mais dans l'espoir de gagner les révolutionnaires et de devenir leur chef. Assiégé de périls, insulté jusque dans son palais, poussé par le cri de sa conscience, qui lui reprochait d'avoir sanctionné la constitution civile du clergé , Louis XVI résolut, malgré lui, de quitter sa capitale et de chercher un refuge, soit à l'armée, si elle lui demeurait fidèle, soit à la frontière, s'il n'avait plus d'autre ressource. Il partit de nuit et déguisé
Mirabeau. (P. 331.)
avec sa femme, ses enfants et quelques serviteurs dévoués. Mais un fatal enchaînement de circonstances arrêta celte victime réservée pour le sacrifice. Retardé par des obstacles imprévus, reconnu à Varennes, séparé des détachements qui devaient l'escorter, il fut ramené à Paris comme un prisonnier, au milieu des imprécations et des menaces (1791).
L'armée, sur la-
quelle il comptait encore, n'avait montré pour sa délivrance qu'un zèle douteux. Le général en chef, qui s'était concerté avec lui, n'eut que le temps de passer la frontière.
LXXXI. Désormais le roi était perdu. Sa fuite, qui n'étaitque trop justifiée par l'état des esprits, acheva de les soulever. En vain l'assemblée essaya de fermer les yeux sur ce malheureux voyage, en vain Louis XVI accepta solennellement la constitution : le peuple se réunit au Champde-Mars pour demander sa déchéance et son remplacement. Des barricades s'élevèrent. Pour rétablir l'ordre, la Fayette et Bailly, hommes pacifiques et populaires, furent obligés, à contre-cœur, de commander le feu , courage qui ne leur fut jamais pardonné. C'était le duc d'Orléans qui avait cru profiter de cette insurrection ; mais déjà la logique des révolutionnaires les poussait au delà de cette demi-royauté. Tout en acceptant l'argent de leur opulent complice , ils commencèrent à prononcer le nom de république. Cette idée avait le charme de