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LIVRE VII — LA REVOLUTION

il devint suspect, fut jugé, et mourut sans courage. Ses fils étaient à l'armée de Dumouriez ; ils n'eurent que le temps de s'enfuir avec ce général, qui passait pour leur ami. Secrèment liée à ce parti, l'Angleterre, qui jusqu'alors était restée neutre, et qui s'était vengée de ses défaites en assistant aux malheurs de Louis XVI, rompit avec la France, se joignit à la coalition, et s'empara de Toulon.

LXXXVTII. Les ennemis du dehors croissaient ; ceux du dedans surgissaient de toutes parts. La Belgique était perdue. La mort du roi avait soulevé la Bretagne et la Vendée, et excité dans ces généreuses provinces une ardeur chrétienne , digne des plus beaux jours de la Ligue ; le supplice des girondins fit prendre les armes à Lyon, à Bordeaux, au Midi tout entier. Soixante-dix départements se déclarèrent en insurrection contre la tyrannie de Paris, tyrannie qui, pour se soutenir, devenait fatalement de plus en plus affeuse. En ce moment , la Terreur , car tel était le nom de ce pouvoir, déploya une activité admirable à force d'énergie, hideuse à force de cruautés. Pendant que les citoyens, à peine armés, mal nourris, étaient dirigés en masse sur les villes rebelles ou sur les frontières menacées , la convention , à bout d'argent et assiégée par la disette, décrétait un emprunt forcé sur les riches , payait tout en assignats, fixait arbitrairement le prix du pain et des denrées, faisait vivre ses armées à force de réquisitions, livrait à la prison soixante-treize de ses membres. A quiconque hésitait, la mort pour réponse. Hâtant de plus en plus ses procédures sommaires, le tribunal révolutionnaire envoyait chaque jour à la guillotine trente , quarante , cinquante victimes. Carrier épouvantait Nantes par ses noyades; Lyon pris fut rasé par la poudre, décimé par la mitraille. En même temps le culte était aboli , les prêtres traqués comme des bêtes fauves, les églises pillées et consacrées à la Baison , justement adorée sous les traits d'ignobles prostituées. Les insensés s'en prirent aux plus vieux usages du genre humain, et prétendirent imposer au monde une ère nouvelle datant de leur avènement, un calendrier de leur invention et une se-

maine de dix jours. Tout ce qui rappelait le passé excitait leur fureur.

LXXXIX. L'Eglise et la société s'épurent sous les coups de ces scélérats. Tandis que Bretons et Vendéens versent leur sang sur les champs de bataille pour la défense de la foi catholique , apostolique et romaine , ailleurs la persécution sévit aussi dure que sous Néron. Plus de riches bénéfices ; plus de splendides abbayes ; plus d'alliance possible entre le sacerdoce et la fortune , l'autel et le plaisir, le service de Dieu et les jouissances profanes. A la vie monotone et mesquine d'un siècle corrompu succèdent les grandes vertus comme les grands crimes d'un temps d'épreuve. Les prêtres douteux, les moines sans vocation jettent le froc , renient publiquement Jésus-Christ, et deviennent les plus méprisables, souvent les plus féroces des révolutionnaires. Les autres puisent du cœur dans le péril , et redeviennent dignes des catacombes. Ils errent de refuge en refuge, déguisés, cachés par quelque bonne âme au péril de sa vie , jusqu'à ce que, découverts et condamnés, ils confessent leur foi sur l'échafaud. Partout surgissent des actes de dévouement depuis longtemps inconnus. Partout coule le sang des victimes, évèques, prêtres, citoyens courageux, pieuses femmes, humbles jeunes fdles, associés par milliers au roi martyr. A la tète des plus illustres avait succombé avec une auguste dignité la reine Marie- Antoinette (1794), abreuvée jusqu'au bout de calomnies et d'outrages, et digne par son amour pour la France de souffrir aussi pour elle. La jeunesse même de son fils ne désarme pas la rage de ses ennemis. Cet enfant est pour eux un reproche vivant. Livré à des geôliers sans cœur qui foulent aux pieds jusqu'à son innocence, enfermé dans un cachot humide où sa santé se perd , le fils des rois s'éteint de misère sur une poignée de paille infecte (1795). Sa fin fut comme un repos pour ses bourreaux. Mais ils n'en jouirent pas longtemps. Déjà l'un d'eux songeait à leur disputer l'héritage de leurs victimes.

XC. Robespierre aspirait a exercer seul le pouvoir absolu. Depuis plusieurs mois il y marchait froidement, calculant tous ses pas,

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