LIVRE VII
LA REVOLUTION
rejetant sur ses collègues les mesures les plus odieuses et réservant son impitoyable cruauté pour ceux qu'il trouverait sur son chemin. Débarrassé de Marat par le poignard de la jeune et courageuse Charlotte Corday, il eut bon marché des disciples de ce monstre, qui poussaient sans cesse aux plus incroyables excès. Restaient Danton et ses amis, auteurs dans un moment de frénésie des massacres de septembre, mais néanmoins amis des plaisirs, ayant fait leur fortune, presque tous mariés et aspirant à une vie plus douce, à un pouvoir moins cruel. Aux yeux de Robespierre , ces hommes n'étaient pas assez purs pour achever leur œuvre commune. Lui seul , dans sa superbe austérité, possédait la vérité révolutionnaire; lui seul, disciple de Rousseau, pouvait le compléteret devenir le Calvin de la nouvelle Réforme. Éloquent à force de persévérance, d'astuce et
de sophisme, il accusa ses collègues de trahir la liberté parleur modération, feignit, comme un autre Rrutus, de sacrifier ses plus chères affections en demandant leur tète, et les envoya sans pitié au supplice. Désormais il régnait seul sur la convention épurée, décimée, privée de ses chefs. Seul il inspirait les moindres décisions, faisait trembler tous les cœurs, et envoyait à la mort sur un soupçon. Pour couvrir d'un voile hypocrite l'horreur de son règne, il célébrait la fête de l'Etre suprême, et, pontife improvisé, mar-
La famille royale au Temple. ( 1\ 'Sdi.j
chait à l'autel un bouquet de fleurs à la main, pendant que le sang coulait partout.
XCI. La France ne se laissait pas prendre à ces semblants de réjouissances, et, si elle trouvait quelque consolation à son affreuse servitude, c'était dans le courage et dans les victoires de ses soldats. Le Midi tout entier s'était smimis. Malgré leur foi, leur union,
leur sublime dévouement, les Vendéens avaient été battus dans plusieurs rencontres et réduits à une guerre de partisans. Autrichiens, Prussiens, Anglais, Espagnols, Piémontais étaient tenus en respect à la frontière. Sur mer, bien qu'à demi désorganisée, la marine soutenait d'héroïques combats, et le V.engeur s'illustrait en périssant tout entier plutôt que d'amener son pavillon.
XCII. Ces succès, qui éclipsaient les plus beaux souvenirs militaires des derniers règnes, et qui rendaient à la France sa véritable place en Europe, ne devaient-ils servir qu'à l'apothéose d'un scélérat, devenu l'égal des plus mauvais tyrans de la Grèce païenne ? N'y avait-il plus de justice au ciel, ni de courage sur la terre pour renverser ce despotisme sanguinaire ? Il le semblait d'abord , et une terreur profonde glaçait les esprits, quand Robespierre prit soin de se perdre lui-même, et souleva ses propres partisans par des soupçons qui , on le savait bien , étaient des arrêts de mort. Lasse d'être décimée , la convention prit les armes pour