LIVRE VII
LA REVOLUTION
recouvrer son indépendance. Le tout-puissant rhéteur ne sut ni donner un ordre, ni commander une manœuvre, pour sauver son pouvoir. Fait prisonnier et mortellement blessé, il vécut assez pour monter sur la fatale charrette où il avait envoyé tant de victimes et jusqu'à ses meilleurs amis (1794).
XCIII. La révolution venait d'immoler son chef. La Terreur et les supplices continuèrent encore quelques jours, puis s'arrêtèrent spontanément comme un ressort qui se détend. En quelques mois , les derniers girondins , puis une partie des émigrés rentrèrent. A peine installé au Panthéon , Marat en fut chassé. Le maximum et les réquisitions supprimés, la circulation se rétablit, la disette diminua, et l'hiver vit recommencer avec fureur bals et spectacles. La victoire montra qu'elle n'était pas attachée au règne de Robespierre. Des suldats sans pain et sans souliers reprirent la Belgique, entrèrent en Hollande, pacifièrent la Bretagne et la Vendée. Sous l'impression de ces succès, la coalition commençait à se dissoudre. La Hollande en sortit la première , et conclut avec la république une alliance offensive et défensive ; la Prusse promit de rester neutre, et olfrit sa médiation ; l'Espagne se décida à négocier. L'Autriche seule sur le continent persistait à recouvrer la Belgique, devenue province française, et cherchait à remplacer ses inconstants alliés par la Russie. L'Angleterre montrait la même ténacité, et, jalouse d'empêcher l'agrandissement de son antique rivale, puisait dans ses trésors de riches subsides pour l'Autriche. Mais, ainsi restreinte, la guerre ne pouvait que devenir plus heureuse.
XCIV. De tous côtés le ciel semblait donc redevenir serein, et, dans deux insurrections sévèrement réprimées, les terroristes avaient inutilement tenté de ressaisir la dictature. A leur tour , les royalistes pensèrent que le moment était venu de payer d'audace et de chasser la convention. Mais, sauf les Bretons et les Vendéens, dignes d'un meilleur sort, leur parti se composait surtout de fugitifs isolés , luttant contre la misère , préoccupés de trouver à l'étranger leur pain de chaque jour. Pour chefs, au lieu de Louis XVII mort
au Temple, ils n'avaient plus que les frères du roi, qui, fuyant devant les armées de la république , promenaient leurs doléances dans les cours ennemies, et encourageaient de loin l'intrigue et la trahison. Ce n'est point à ce prix que s'achète la victoire. Sur le Rhin, les émigrés corrompirent Pichegru, et essayèrent de nouer des intelligences parmi ses troupes ; ils ne parvinrent qu'à perdre pour l'avenir ce malheureux général. A l'ouest, ils organisèrent une descente d'accord avec les Anglais; mais ils compromirent inutilement par là les courageux Bretons , qui venaient de jurer la paix. Attirés dans la presqu'île de Quiberon, abandonnés des Anglais et du comte d'Artois, qui les avait leurrés de la promesse de son arrivée, repoussés dans leurs sorties, pressés par la faim, ces braves gens furent jetés à la mer par le général Hoche ou fusillés au mépris du droit des gens après avoir rendu leurs armes (179o).
XCV. Même échec à Paris, où les insurgés eurent aussi affaire à un jeune capitaine , au Corse Bonaparte , qui avait fait ses preuves à la prise de Toulon et dans la guerre des Alpes. Deux colonnes s'avançaient pour enlever la convention, l'une par la rue Saint- Honoré, l'autre par le quai Voltaire. Bonaparte ouvre le feu dans le cul-de-sac Dauphine , couvre de mitraille les degrés de Saint-Roch, balaye à droite et à gauche la rue Saint- Honoré, court au Pont-Royal, et enfile de même avec une batterie la longueur du quai. Quelques pièces de canon lui suffisent pour déjouer les espérances des royalistes. Cet échec les fit pour longtemps rentrer dans l'inaction. Ce n'était pas pour retomber entre leurs mains que la France , encore enivrée de nouveautés et de chimères, pensait avcir enduré tant de maux et commencé de si belles entreprises. Jadis , dans une circonstance analogue, un parti plus nombreux, plus uni, plus fort, plus courageux, portant le drapeau de la foi et des libertés nationales, la Ligue, avait paru succomber contre les réformés. De même cette fois, les partisans de l'ancien régime, bien qu'ils comptassent aussi parmi eux des âmes honnêtes, des cœurs héroïques, des saints et des martyrs, ne devaient