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LIVRE VII — LA HKVOLUTION

pas triompher directement ; mais ils étaient destines à rendre chrétien le pouvoir issu de la révolution. Comment s'accomplirait cette conciliation difficile ? D'où viendrait le pouvoir assez fort pour enchaîner tant de haines opposées? Personne ne l'entrevoyait encore.

XCVI. Victorieuse, la convention put abdiquer sans secousse sa longue dictature et transmettre le pouvoir aux deux conseils des Cinq-Cents et dus Anciens, et à un Directoire de cinq membres (1795). Car déjà les idées anglaises remplaçaient les illusions d'unité qui avaient produit la constitution de 1793, et, cruellement châtiée de ses folies, la nation en revenait à imiter les plus sages de ses voisins. Toutefois, pour ce nouvel édifice, où étaient les matériaux, hommes d'Étal, orateurs, savants moissonnés par la révolution? Où étaient les vertus de modération, de prudence, de désintéressement, seul aliment de la liberté? Arènes des passions, les assemblées délibérantes n'avaient amené jusqu'à ce jour que le triomphe du parti le plus audacieux et le plus violent. Bien que moins dur en apparence, le régime actuel laissait le pouvoir à des révolutionnaires du second ordre, ayant tous les mauvais instincts, sinon l'énergie sauvage de leurs devanciers. Au milieu d'un luxe sans frein et d'une cynique liberté de mœurs, cinq médiocres régicides remplaçaient le comité de salut public , poursuivaient les prêtres qui avaient refusé le serment, régularisaient le divorce, érigeaient en fête nationale le 21 janvier, portaient à quarante-cinq milliards l'émission des assignats , et la terminaient par une véritable banqueroute et par un emprunt forcé sur les riches. Or, tandis qu'à Paris les parvenus de la veille vivaient de plaisirs et d'agiotage, et que le peuple des clubs y était nourri aux frais de l'État, à la frontière s'étaient réfugiés le courage, le dévouement, les vertus civiques. Là, dans une guerre inégale , mélange de victoires difficiles et de revers non moins glorieux, les abus de la force, les spoliations révolutionnaires étaient rachetés par une vie pauvre et rude, par des hivers sans vêtements, des marches sans chaussures , des combats sans pain. Un sang

généreux y coulait tous les jours pour la défense de la patrie.

XCVII. Parmi les mille héros de cette lutte brillaient deux généraux de vingt-six à vingtsept ans. Aussi beau que brave, aussi aimable qu'intelligent, Hoche, le vainqueur de Quiberon, venait de soumettre la Vendée, compromise , comme la Bretagne , par de vaines promesses de débarquement , et il parvenait, entreprise plus difficile, à désarmer la trop juste haine de ces fidèles royalistes (179G). Mis ensuite à la tête de vastes projets sur l'Irlande et sur l'Angleterre, il semblait destiné au premier rang. Moins célèbre que lui, le vainqueur de vendémiaire, le Corse Bonaparte, à l'œil perçant, au profil romain, venait de prendre à Nice le commandement de trente mille soldats affamés, réduits à défendre les âpres gorges de l'Apennin. « Soldats, leur dit-il, vous êtes mal « nourris et presque nus. Le gouvernement « ne peut rien pour vous; mais vous avez « devant vous les plus fertiles plaines du « monde. Je vous y conduirai. Manqueriez- « vous de courage? » A gauche, vingt-deux mille Piémontais couvraient leur pays ; à droite , trente-six mille Autrichiens marchaient sur Gènes. Au lieu de se laisser acculer à la mer , Bonaparte prend l'offensive , s'ouvre à la baïonnette les défilés de l'Apennin, culbute les Autrichiens à Montenolte, les sépare des Piémontais à Millesimo, et les rejette définitivement les uns vers le nord, les autres sur Milan. En quinze jours il avait remporté six victoires, enlevé cinquante-cinq canons, quinze mille prisonniers et vingt et un drapeaux (179G). Quelques marches de plus, et, rejetés de rivière en rivière, les Autrichiens livraient Milan et la Lombardie. Le jeune général avait surpassé ses aînés. Ses soldats le proclamèrent caporal.

XCVIII. Devant lui s'ouvrait la belle Italie, promise à son armée, mais connue pour être le tombeau des Français. Aux périls de la guerre se joignaient, dès le début, les plus obscurs problèmes de la politique. Aussi mal inspirés que Charles VIII , les jacobins de Paris et de l'armée étaient pressés d'en finir avec l'aristocratie de Gènes et de Venise, avec

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