‹ Histoire de FranceChapitre 304 sur 339 · LIVRE VII — LA REVOLUTION · texte numérisé non relu

LIVRE VII — LA REVOLUTION

les archiducs de Toscane et de la Lombardie, avec les Bourbons de Naples , enfin avec le saint-siège, impérissable foyer d'une religion détestée. Toute la péninsule n'avait pas un régiment à opposer aux baïonnettes françaises. Les mauvaises passions, partout vivaces, n'attendaient qu'elles pour se déchaîner. Ordre à Bonaparte de marcher sur Rome. Il juge les choses autrement, répond par un refus, et offre sa démission , qui n'est pas acceptée. Libre dès lors d'agir en maître, il contient l'anarchie, à condition qu'en échange l'Italie le nourrira. Heureux de ses dispositions, le roi de Piémont lui livre trois places et les passages des Alpes. Le duc de Parme lui fournit des vivres, des hôpitaux, seize cents chevaux, deux millions en or et vingt tableaux au choix. Le duc de Modène, Gênes, Rome, Naples lui prodiguent l'argent de leurs trésors et les chefs-d'œuvre de leurs musées. Enthousiastes de son génie , les Milanais lui demandent la liberté. Mais il leur répond qu'il faut la mériter, et, tout entier à poursuivre ses vrais ennemis, les Autrichiens, il les rejette en Tyrol; il bloque Mantoue, place importante dans une île du Mincio; il occupe et fortifie l'Adige, la plus courte des rivières que les Alpes versent dans le Pô. C'est de ce poste bien choisi qu'il espère , plus heureux que Villars et Catinat, battre les Autrichiens au sortir de leurs montagnes, puis, si la fortune le favorise , les poursuivre chez eux et fondre sur Vienne.

XCIX. Sa prévoyance est promptement justifiée. Soixante mille Autrichiens débouchent du Tyrol, descendent le Mincio et les deux rives de l'Adige. Déjà ils occupent Rrescia et Rivoli, pendant que de front ils menacent Vérone. Les Français vont être cernés.

Qu'eussent-ils fait dispersés jusqu'à Naples? Les généraux opinent pour la retraite, parti suprême, souvent le plus dangereux de tous. Mieux vaut se jeter avec toutes ses forces sur un ennemi encore divisé. Bonaparte est seul de cet avis, mais avec cette assurance qui entraîne les cœurs. Abandonner l'Adige et le blocus de Mantoue, objet de l'attaque principale, repasser le Mincio, enfoncer à Salo vingt mille Autrichiens placés sur la route de

Milan , puis se retourner à Lonato sur vingtcinq mille autres venant du haut Adige, enfin le surlendemain recevoir à Castiglione, presque sur le même terrain, ceux qui avaient perdu leur temps à débloquer Mantoue, ce fut l'affaire de six jours, pendant lesquels trente mille hommes en dispersèrent le double. L'Adige fut repris plus vite qu'abandonné. Repoussés, mais non détruits, les Autrichiens allaient évidemment préparer une nouvelle expédition à l'abri de leurs montagnes. Chaque jour leur arrivait quelque renfort. A peine reposé, Bonaparte les prévient, remonte l'Adige, arrive à Trente au cœur de leurs rassemblements, et, revenant en quelque sorte sur ses pas, les pousse à la baïonnette dans la vallée de la Brenta, jusque dans la plaine d'Italie. Sans une négligence qui leur livra le passage du bas Adige et la route de Mantoue , ils étaient à leur tour cernés, et ils durent s'estimer heureux d'aller s'enfermer dans l'île bloquée du Mincio.

C. Malgré ces efforts de génie et de bravoure récompensés par un double succès, l'armée d'Italie, victorieuse, mais affaiblie, était à peine hors de danger pour quelques mois. Grâce à de continuels avantages en Allemagne, les Autrichiens, arrivés jusque sur le Rhin, étaient libres de faire de nouveaux efforts en Lombardie, et ils y mettaient une activité mal imitée par le Directoire. Une seconde armée, plus nombreuse que la première et se bornant à une forte démonstration sur Rivoli , s'avança par la rive droite de l'Adige , et vint s'établir à Caldiero en face de Vérone. Bonaparte essaya vainement de lui enlever cette hauteur. Repoussé après^une attaque meurtrière, menacé sur sa gauche, qui venait de perdre quatre mille hommes dans les montagnes, il semblait enfin condamné à un désastre , et le soir, en voyant les Français sortir en silence de Vérone par la porte de Milan, leurs amis crurent leur dire un long et triste adieu. Les soldats euxmêmes étaient mornes, sûrs pourtant que, s'il restait quelque chose à tenter, leur chef le tenterait.

CI. La joie se réveilla quand, à peine hors des portes, on quitta la route de Lombardie

Page 1