LIVRE VII — LA RÉVOLUTION
pour descendre l'Adige. Ce n'était plus battre en retraite, mais, au contraire, audacieusement tourner la gauche des Autrichiens. En cet endroit, la rivière forme de vastes marais, traversés seulement par d'étroites chaussées, où la bravoure devait l'emporter sur le nombre. L'ennemi se laissa maladroitement entraîner sur ce terrain, et y lutta pendant trois jours contre des soldats éprouvés, résolus de vaincre à tout prix, bravant en face la gueule des canons d'Arcole. A la fin il recula dans la plaine, abandonna la position tournée deCaldiero, et alla encore une fois se refaire en Tyrol.
Non moins épuisé, Bonaparte rentra par la porte de Venise dans Vérone stupéfaite, et se contenta de renforcer sa gauche compromise. Décembre approchait. Pour une campagne, n'étaitce pas assez de pé- •rils et de gloire?
Cil. A peine les troupes avaientelles pris leurs
quartiers d'hiver, que l'ennemi reparut de nouveau sur toute la ligne. Par un plan nouveau, il balaya la rive droite de l'Adige et essaya d'enlever Rivoli, véritable clef de la plaine. Déjà la position était cernée , escaladée de tous côtés par une nombreuse infanterie; canons et cavaliers, entassés dans une sorte d'escalier tournant, n'attendaient que le moment de s'y déployer. Mais pendant la nuit, l'infatigable vainqueur d'Arcole, de Castiglione , de Lonato, s'était glissé à travers les Autrichiens, avait compté tous leurs feux,
Louis XVII et Simon. ( P. 33G.)
deviné leurs intentions, déjoué leurs espérances. Dès la pointe du jour des coups éclatants signalent sa présence. Qu'importe ce qui l'environne? Une plus belle proie s'offre à lui. A ses pieds artillerie et cavalerie sont prêtes à déboucher sur le plateau. Elles sont reçues à mitraille, chargées à la baïonnette, rejetées dans un désordre complet. La déroute
devient contagieuse. A son tour l'infanterie abandonne le champ de bataille , et , vainqueurs, les Français ramassentderrière eux ceux qui croyaient déjà les avoir faits prisonniers. Tout ce qui s'était aventuré dans la plaine fut pris, et, découragée par cette dernière et solennelle défaite, Mantoue, à bout de vivres, capitula.
C1II. A ces braves, contre lesquels étaient venues successivement se briser toutes les forces de la monarchie autrichienne, appartenait enfin de prendre une juste revanche et de conquérir une paix glorieuse. L'archiduc Charles ne put les arrêter ni au passage du Tagliamento , ni dans les âpres gorges des Alpes styriennes. Du haut du col de Leoben leur apparurent enfin les eaux du Danube et les clochers de Vienne. L'ennemi demanda une suspension d'armes, et, aussi audacieux négociateur qu'habile capitaine, Bonaparte prit sur lui de promettre la paix en échange de la Belgique et de la Lombardie (1797).