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LIVRE VII

LA REVOLUTION

met , et que leurs savants cherchaient dans les ruines de l'Egypte à convaincre l'Église de mensonge, non contents d'occuper les États romains, leurs frères d'armes avaient chassé le roi de Naples , réuni à la France Genève et Mulhouse, envahi la Suisse et la Hollande, et de là ils menaçaient de promener dans tout le continent la confiscation, les proscriptions, l'anarchie. L'Europe entière se souleva contre ces audacieux conquérants, plus musulmans que chrétiens , qui combattaient moins pour la délivrance que pour l'oppression de leurs frères. L'Autriche s'arma pour disputer l'empire de l'Italie, la Russie pour venger ses protégés, les chevaliers de Malte; l'Angleterre envoya son terrible Nelson à la poursuite du général qui prétendait dominer la Méditerranée et couper la route des Indes. Assez profond pour les galères d'autrefois, le port d'Alexandrie était inaccessible aux vaisseaux modernes. Surprise dans la rade d'Aboukir et écrasée entre deux feux, l'escadre française y fut presque détruite.

CXII. En même temps les armées de la république, désorganisées par les abus de la conquête et par une indiscipline croissante , étaient forcées de se replier sur le Rhin au nord, sur le Pô et derrière l'Apennin au sud. L'Italie était plus vite perdue qu'elle n'avait été conquise. Seul intact à l'armée de Suisse , Masséna se trouvait derrière la Limmat en présence de forces triples arrivant d'Allemagne, de Tyrol et d'Italie, et la menaçant d'une perte presque certaine. En vain les jacobins redoublaient de rigueurs contre les prêtres, les ci-devant nobles et les parents d'émigrés. En vain , ils s'acharnaient sur le pape Pie VI , qu'ils avaient ramené prisonnier à Valence, et ils se flattaient que ce pontife, victime de leurs traitements barbares, n'aurait point de successeur. Tandis que les fils aînés de l'Église reniaient leur passé, les Russes entraient en Italie pour donner aux cardinaux la liberté de se réunir en conclave. De proche en proche, le bruit de leurs victoires arriva jusqu'aux portes de la Provence. La marine hollandaise venait de se donner aux Andai*. Se \nyant à la veille de

périr, les révolutionnaires les plus fougueux demandaient eux-mêmes une tète et une épée pour sauver leur œuvre, et regrettaient d'avoir laissé partir l'invincible général de l'armée d'Italie.

CXIII. Pendant ces extrémités, confiant en sa fortune bien que séparé de la France par les escadres ennemies, Ronaparte promenait la victoire dans le lointain Orient, traversait de nouveau le désert pour attaquer les Turcs en Palestine, les dispersait au mont Thabor (1799), ne trouvait de résistance que dans Sainl-Jean-d'Acre, ravitaillé par les Anglais, et revenait à Aboukir jeter une armée turque à la mer. Là finit cette singulière croisade, ressemblant quelque peu à celles de Rarberousse et de Frédéric IL De quarante mille soldats , l'armée n'en avait plus que vingt-cinq mille. Au lieu de renforts, il n'arrivait que de sinistres nouvelles. Désolée par la misère et par le brigandage , la France était à la veille d'être envahie par l'étranger. Le moment était venu , s'il n'était déjà trop tard , d'en devenir à la fois le sauveur et le maître tout- puissant. Peu soucieux de mécontenter les frères d'armes qu'il abandonnait, Ronaparte s'embarqua sur une frégate, et fit voile pour la Provence à travers les flottes étrangères qui sillonnaient la mer. Là pouvait se briser sa fortune naissante , et , comme seize ans plus tard, le jeune conquérant allait peut-être devenir la proie des Anglais. Mais, si le Ciel est sévère pour les vieillards, il pardonne beaucoup aux entraînements de la jeunesse. Les premières fautes de Ronaparte étaient plutôt celles des jacobins que les siennes. Instruit par leurs justes défaites et par leur honteuse impuissance , il était désormais capable de juger sainement les hommes et les choses , et d'apporter une paix et un ordre sérieux à la patrie qui l'attendait comme un libérateur.

CXIV. Pendant qu'il naviguait comptant sur son étoile, une victoire inespérée venait d'arrêter l'ennemi. Au lieu de profiter de leurs succès pour écraser Masséna, les coalisés avaient perdu leur temps à un de ces mouvements maladroits qui jadis avaient sauvé Louis XIV. Les Autrichiens, campés

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