‹ Histoire de FranceChapitre 308 sur 339 · LIVRE Vil · texte numérisé non relu

LIVRE Vil

LA REVOLUTION

sur la Limmat, étaient allés renforcer leur armée du Rhin, laissant à Souvarov le soin de rejoindre à travers les Alpes les trente mille Russes campés autour de Zurich. Masséna saisit habilement cette occasion , passa la Limmat au-dessous de la ville, et coupa à l'ennemi la route d'Allemagne, pendant qu'il lui enlevait à la baïonnette la ville et les ponts de Zurich. Cernés , les Russes parvinrent à se taire jour, mais en laissant leurs bagages, leur trésor, cent pièces de canon et cinq mille prisonniers. Pendant ce temps -là, Souvarov arrivait par le Saint- Gothard, sans se douter dudésastre. Accueilli au pont du Diable par une résistance formidable, attaqué en tète et en queue par des forcessupérieures, il n'avança qu'à grand'peine, atteignit enfin le lac de Lucerne, et de là, plutôt que de se rendre, gagna par des sentiers de chasseurs la vallée de Claris, puis celle

du Rhin , où ses hommes pénétrèrent l'un après l'autre exténués de fatigue et réduils de moitié. Irrité contre les Autrichiens , il déclara qu'il ne servirait plus avec eux. La coalition était dissoute et la France sauvée. CXV. Toutefois la gloire de Masséna n'était pas capable d'éclipser celle du général qui , huit jours plus tard, débarquait à Fréjus , et qui arrivait à Paris à travers les acclamations de tout un peuple. En lui les soldats saluaient le plus grand capitaine du siècle ; les révolutionnaires le respectaient pour avoir

Journée du 13 vendémiaire. (P. 338.)

deux fois prolongé leur pouvoir; les royalistes aimaient sa modération, sa noblesse de caractère, et espéraient le dominer par sa femme, Joséphine de Reauharnais; les directeurs eux-mêmes le subissaient comme leur inévitable successeur; ambitieux et habiles se pressaient autour de lui, tâchant de deviner ou de hâter ses résolutions. En quinze

jours, il avait gagné tous les généraux, deux directeurs , le conseil des Anciens. TransférésàSaint-Cloud, les Cinq-Cents résistaient. Une poignée de grenadiers les lit passer par les fenêtres de l'orangerie. Bonaparte prit avec ses deux complices le litre de consul. Au fond il était le seul maître (1799).

CXVI. La révolution, qui, sous prétexte de fonder la liberté , n'avait vécu que d'émeutes , d'épurations sanglantes, de proscriptions arbitraires, aboutissait enfin à un dernier coup d'État, où les phrases dorées faisaient place au sabre, et la nation , qui avait renversé la monarchie pour se gouverner elle-même, était trop heureuse de trouver la paix sous la rude et puissante main d'un homme de guerre. Lasse des cruautés et des violences qu'elle n'avait subies qu'avec horreur, la France accepta ce nouveau régime comme un doux refuge après l'orage , et fit avec sa légèreté habituelle le sacrifice de ses libertés. En réalité, elle venait de subir une nouvelle invasion des barbares. Destinées à renouveler lentement les hauts

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