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LIVRE VII

BONAPARTE

couronnés par une amnistie générale aux émigrés, réparation courageuse pour les uns, pardon généreux pour les autres. Guerre, législation, finances, administration, travaux publics, sécurité générale, tout, sous une puissante main, venait de changer de face, et justifiait l'enthousiasme universel.

CXXIV.Des nombreux ennemis qui menaçaient la France, il n'en restait plus qu'un seul, l'Angleterre, véritable tyran des mers, déplorant la fin des dissensions qui avaient fait sa grandeur. Par les soins du premier consul, une ligue se forma contre cette domination menaçante pour le monde entier, Le Danemark, la Russie, l'Espagne y entrèrent. Partout le commerce des Anglais reçut de graves

atteintes. Malheureusement un succès en Egypte leur permit d'échapper à ce péril et de conserver leurs conquêtes par une paix avantageuse. Après de longues vicissitudes , après l'assassinat du général Kléber , l'armée française, lasse de son exil, s'était laissé couper en deux, et elle venait de capituler. L'Egypte dut être rendue à la Porte, Malte aux chevaliers de Saint-Jean , Minorque à l'Espagne : à ces conditions fut signé le traité d'Amiens (1802). A une guerre générale succédait une paix universelle, qui devait, hélas!

peu durer, mais qui n'en inspirait pas moins autant de joie que si elle avait dû être éternelle.

CXXV. Ce dernier bienfait mit le comble à la reconnaissance de la France. Consultée, elle accorda à Bonaparte le consulat à vie et le choix de son successeur (1802). Pouvait-il

être trop long le pouvoir de cet homme qui avait sauvé sa patrie et qui l'avait faite si grande? N'était-il pas juste de reporter sur les] siens l'affection qu'il avait conquise? D'ailleurs, le foyer domestique relevé de ses ruines ne demandait - il pas pour sa sécurité que la vie nationale s'identifiât, comme autrefois, avec celle d'une famille?

Sauf les révolutionnaires entêtés ou quelques générauxjaloux, comme Moreau, d'être remis sur le second plan, la nation applaudit sincèrement le retour à peine dissimulé du trône. N'allait-elle pas, en effet, retrouver à l'intérieur l'ordre, la paix, la prospérité; au dehors une prépondérance qui n'avait eu d'égale ni sous Richelieu ni sous Henri IV, à peine au temps de saint Louis? Et, quant à son nouveau souverain, qui pouvait-on lui comparer? A lui seul , il avait chassé l'étranger comme Charles VII, rétabli la religion comme Henri IV, et conquis plus de puissance, plus

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