‹ Histoire de FranceChapitre 313 sur 339 · LIVRE VII — P.ONAPARTE · texte numérisé non relu

LIVRE VII — P.ONAPARTE

de gloire qu'une longue suite d'aïeux et que l'élan d'un grand siècle n'en avaient donné à Louis XIV. Pour le moment, ses premières fautes semblaient effacées. Sur l'Angleterre et sur l'Autriche retombait l'odieux d'occuper Malte et Venise. A la France appartenait l'honneur d'avoir rétabli Pie Vil ; à elle l'antique mission de protéger la liberté et l'indépendance des peuples; à elle de renoncer la première aux égoïstes maximes du xvme siècle. Entraînée par ces espérances, la république cisalpine proclama Bonaparte son président. L'Irlande, la Pologne, le regardaient de loin comme un libérateur. Les princes delà vieille Europe tremblaient devant lui. Jusqu'où ne pouvait pas aller ce brillant avenir?

CXXVI. Cependant l'édifice du moyen âge se pouvait-il restaurer? Partout des dynasties usées, des peuples sans vie, des nobles dégénérés, un clergé amolli, des cités languissantes, une triste et incontestable décadence. Rajeunie la première par sa révolution, la France s'était relevée sous un homme de génie; l'Europe aussi ne s'estimerait- elle pas heureuse de retrouver, sinon liberté, du moins paix, unité et vigueur sous la domination de la France? Tel fut le rêve de Bonaparte. Maître tout -puissant de la plus brave nation de la terre, adoré des soldats qu'il avait toujours conduits à la victoire, il voulut être l'Alexandre ou le César du monde moderne. Si le courage, l'intelligence et la grandeur d'âme ont quelque droit pour dominer les races vieillies, où trouver plus de force qu'en cette incomparable armée , plus de génie qu'en ce jeune conquérant? D'ailleurs, la monarchie universelle, l'union de tous les peuples avait été le vœu de plus d'un grand homme, et parfois l'antique chef de la république chrétienne , le pape luimême, se demandait s'il ne plairait pas au Ciel d'abriter la caducité comme le berceau de l'Europe sous la main d'un autre Charlemagne. Ces brillants projets cachaient un grand péril. Ce n'était pas sans raison qu'après la chute de l'empire romain la puissance temporelle avait toujours été divisée. Le plan d'un empire universel n'était autre que l'idée païenne de Rome et de Mahomet. En

la réalisant, Barberousse, Frédéric II, Charles- Quint étaient devenus les tyrans de l'Église et du monde.

CXXVII. Le danger était d'autant plus menaçant que la France n'était digne qu'à demi de remplir une telle mission. Fruits de doctrines perverses et d'illusions dangereuses, les excès de la révolution avaient épouvanté sans convertir, renversé sans corriger, et, pour que l'expérience fût sérieuse , il fallait encore essayer, l'une après l'autre, chacune des erreurs naguère déchaînées. Les révolutionnaires de la société démocratique formée sous leurs auspices croyaient toujours au pouvoir absolu du suffrage populaire. A leurs yeux , l'État , ne fût- il fondé que sur un heureux coup de main, représentait la volonté nationale; partant il ne pouvait être astreint à aucune règle de justice ou de prudence, et devait , au contraire , tout courber sous sa main de fer. De là, dans leurs cœurs, une opposition profonde à l'hérédité des biens, des titres, des fonctions; de là une haine constante pour toute loi morale supérieure aux conventions et aux caprices des hommes, et, par-dessus tout, pour l'Église. Ces mauvais sentiments se manifestèrent hautement dans les assemblées par le rejet du Code civil, à leurs yeux trop favorable à la force des familles, aux principes du passé, et surtout par une critique amère du concordat. A cette occasion, le corps législatif choisit pour son président Dupuis , l'auteur d'un détestable livre sur l'origine de tous les cultes , et le sénat nomma au premier siège vacant un de ces prêtres renégats dont le rôle avait été si triste pendant la révolution, et qui devaient continuer à exercer sur leur pays une influence déplorable. Ces velléités d'indépendance devaient servilement s'effacer devant la volonté du maître. Mais l'impiété n'en couvait pas moins dans les cœurs, et le Génie du christianisme , où Chateaubriand alliait au vague des passions une nuageuse poésie de la religion, n'était pas, à cette époque, en littérature un acte moins courageux que le concordat en politique.

CXXVIII. Mêmes illusions, même entêtement chez une partie des royalistes. Pendant

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