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LIVRE VII

BONAPARTE

CXXXI. Bonaparte tira parti de ces convoitises. Presque toutes furent satisfaites, et l'Autriche seule se vit justement châtiée des siennes. Dans cette large distribution d'évêchés, d'abbayes, de villes libres, les électeurs archevêques de Trêves et de Cologne se virent supprimés et remplacés par les princes de Baden , de Wurtemberg et de Hesse, ce qui assurait aux protestants six voix sur neuf. Même majorité leur fut acquise dans le collège des princes. Les villes libres furent réduites à huit, la noblesse immédiate abandonnée aux envahissements des souverains, les territoires partagés sur-lechamp occupés à main armée; bon gré, mal

gre;

la diète dut tout ratifier. Ainsi, chose

bizarre, après avoir échoué clans leur attaque de mauvaise foi contre la révolution française, les princes absolus se dédommageaient en l'imitant , en dépouillant l'autel et les faibles, el, incapables de s'entendre , ils prenaient pour arbitre le général couronné de la république. De son côté , la révolution, après avoir anéanti toutes les libertés locales en France, les abolissait en Allemagne, sans même essayer d'y rien substituer, et elle était à la veille de relever chez elle la pourpre impériale, qu'elle détruisait au delà du Bhin. Par ce bouleversement, au lieu d'un grand corps pacifique organisé pour l'union et la défense commune , l'Allemagne devint un assemblage de petites souverainetés ennemies , avides, jalouses; la maison d'Autriche se vit presque complètement reléguée dans ses Etats héréditaires; s'il restait une prépondérance, elle était pour la Prusse, mais seulement du jour où la France lui permettrait de s'en saisir.

CXXXII. Le puissant général qui tranchait ainsi toute chose venait, comme le Directoire, d'intervenir en Suisse à main armée, occupait en maître la Hollande et la moitié de l'Italie. Évidemment son but était de fonder sur le continent une domination pareille à celle des Anglais sur les mers. L'Occident soumis, qui l'empêcherait d'en diriger toutes les forces contre l'ennemie de la France et d'écraser cette implacable rivale? Ce plan , mal dissimulé , permettait à l'Angleterre de

détourner les haines et les jalousies naguère conjurées contre elle. Sauvée par là , elle prévint le défi que Bonaparte ne pouvait manquer de lui jeter, refusa de rendre Malte, saisit brutalement tout ce qu'elle trouva de navires français, et noua des intelligences à Naples, à Vienne, à Saint-Pétersbourg. Entre ces deux ambitions, quelle était la meilleure, la plus digne de triompher? L'orgueilleuse Angleterre n'allait-elle pas voir sonner l'heure de son châtiment et se repentir d'avoir provoqué le plus grand homme de guerre du siècle ?

CXXXIII. En quelques semaines, du Texel à Bayonne se forment six camps, prêts à jeter au delà de la Manche l'élile des soldats de la république. Quatre ports sont creusés à Boulogne et aux environs. De tous côtés y arrivent par centaines bateaux plats, chaloupes canonnières, péniches, navires de toutes formes et de toutes dimensions, consliuits avec enthousiasme d'un bout à l'autre de la France. L'Angleterre, dans l'épouvante, répond à ce magnifique élan de courage par les moyens les plus odieux et les plus déloyaux; elle va jusqu'à soudoyer des sicaires pour égorger Bonaparte. Quelques royalistes fougueux , quelques généraux mécontents se rattachent au complot , et , comme d'habitude , pour les encourager, un prince promet de débarquer au moment décisif. La conjuration fut découverte, les coupables arrêtés. C'était le moment pour Bonaparte de mettre la justice et la modération de son côté et de redoubler d'égards pour ses voisins. A ce prix , il écraserait l'Angleterre; à ce prix, suivant son désir, il ne ressemblerait ni à Monk ni à Cromwell, mais bien à César ou à Charlemagne. Or l'impétueux capitaine ne put se contenir. Dans sa colère contre ceux qui attentaient à ses jours, il jura de se venger sur quelqu'un des princes qui parlaient sans cesse d'entrer en France. Le plus rapproché était le duc d'Enghien, paisiblement occupé à chasser en Allemagne , dans le voisinage du Rhin. Il fut enlevé par un escadron de cavalerie, amené à.Vincennes, jugé comme ayant porté les armes contre son pays, condamné à mort et fusillé (1804). Cette violation de

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