‹ Histoire de FranceChapitre 316 sur 339 · LIVRE VII — NAPOLÉON · texte numérisé non relu

LIVRE VII — NAPOLÉON

terriloire en pleine paix, ces représailles sur un innocent saisirent l'Europe de stupeur et d'effroi. Si Cromwell avait trempé ses mains dans le sang de Charles I, n'était-ce pas, à son tour, les tremper dans celui de Louis XVI? Que ne fallait-il pas attendre d'un homme capable de telles passions et à qui rien ne résistait!

CXXXIV. Cependant cette faute se perdit encore au milieu de l'éclatante gloire de Bonaparte. De même que la machine infernale lui avait fourni l'occasion d'obtenir le consulat à vie, le nouveau complot lui servit de prétexte pour demander la pourpre impériale, titre plus en harmonie avec sa puissance et avec ses desseins. Comme au temps de Pépin le Bref et de Louis le Gros, le pape vint en personne le sacrer, dans l'espoir que cette démarche solennelle cimenterait leur amitié, et qu'en échange le nouveau Charlemagne accorderait au saint-siège l'oubli des articles organiques ou la restitution des Légations, perdues depuis les guerres du Directoire. La capitale, qui venait d'assister au culte de la Baison et aux orgies de la Terreur, reçut agenouillée le successeur de l'infortuné Pie VI , et le fds de la révolution demanda à l'héritier de saint Pierre la consécration de son pouvoir. Quoi de plus grand, de plus beau, de plus consolant, si elle eût été sincère, que cette réconciliation de la volonté nationale et de la volonté d'en haut, du droit des hommes et du véritable droit divin! Mais, comme pour détruire celte illusion en même temps qu'il la faisait naître, l'empereur amoindrit le rôle du pape, et tint à poser de sa propre main la. couronne sur sa tète. A ses yeux, c'était donc une vaine cérémonie. Ne croyant rien devoir qu'à lui-même, il ne lit aucune concession, et renvoya Pie VII comblé de respect et de caresses, mais déçu dans ses espérances (1804).

CXXXV. Toutefois, enivré de cette puissance qui ne reconnaissait rien au-dessus d'elle, Napoléon venait de perdre le moment unique dans sa carrière de détruire l'Angleterre; bien plus, il faisait tout pour lui donner ces alliés que sa vie, son génie et ses forces devaient se consumer à combattre.

Menant de front sa guerre maritime et ses projets de domination continentale, il s'était fait couronner roi d'Italie, avait réuni Gènes à la France, et ne cachait plus son intention de chasser le roi de Naples. Une nouvelle coalition éclata contre lui, formée de l'Autriche et de la Russie, et il n'eut que le temps de précipiter sur l'Allemagne les armées qui menaçaient la Grande-Bretagne. La France, qui goûtait les joies d'une paix récente, vil avec étonnemcnt ces combats renaissants, inquiète, non sur leur justice, mais sur leur succès , regrettant de nouveaux sacrifices , mais prête à applaudir le vainqueur et à s'enorgueillir de ses conquêtes. L'incertitude ne fut pas longue, et les triomphes de la guerre continentale vinrent jeter un voile sur les désastres de la marine, sacrifiée d'avance à une gloire trompeuse.

CXXXVI. Pendant que les flottilles de Boulogne pourrissaient dans les ports , à Trafalgar, sur les côtes d'Espagne, s'était livrée une seconde bataille de la Hogue. Vingt-sept vaisseaux anglais en avaient attaqué trentetrois français et espagnols, mais avec l'avantage du vent, d'une artillerie supérieure et d'un commandant unique, tel que Nelson.

Partagé en deux colonnes serrées, l'ennemi tomba sur une moitié de la ligne française et s'y acharna, pendant que le reste s'en allait à la dérive. Avec trois vaisseaux, l'amiral Villeneuve lutta contre douze. Le sien, le Bucentaure, fut rasé comme un ponton, et n'eut plus une embarcation pour le porler ailleurs. A côté de lui, le Redoutable avait la moitié de ses hommes tués, l'autre presque entière hors de combat. La mort de Nelson fut le seul prix de cette héroïque et malheureuse bravoure. Un vaisseau avait sauté; dix-sept étaient pris; le reste cherchait un refuge à Cadix. La mer était fermée aux escadres françaises.

CXXXV1I. Irrité de cet échec accusateur, Napoléon s'efforça de le faire oublier, et ne récompensa même pas les braves qui s'y étaient illustrés. Malheureusement pour lui, la fortune lui réservait d'enivrantes victoires là précisément où la guerre était injuste et eût mérité de sévères leçons. Tandis que les Autrichiens , que les Busses n'avaient pas

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