L1VHE II — CHAULES MARTE
fanatisme, avait fondé la doctrine la plus propre à charmer des guerriers avides, et livré l'univers à leurs glaives et à leurs convoitises. Sous cette loi magique ressuscitant, autant que les temps le comportaient, le paganisme despotique et conquérant des Romains, les barbares d'Orient venaient de trouver, tout en cédant à l'entraînement de leurs passions, l'unité, la puissance et l'élan que l'Évangile ne devait donner à l'Occident qu'en domptant, en façonnant sa nature dans une lutte séculaire. Partout les juifs tendirent les bras à ces ennemis du Christ ; hérétiques et schismatiques embrassèrent leur foi ou tombèrent sous leurs coups. En quelques années, ils avaient soumis la Perse, la Syrie, l'Egypte et toute la cote d'Afrique.
VI. Bientôt l'orage gronda plus près, et des Pyrénées descendirent de malheureux fugitifs , annonçant que l'Espagne était au pouvoir des musulmans. A leur suite paraissent ces terribles cavaliers, à l'œil de feu, au sabre impitoyable, que ni mers ni montagnes n'ont pu arrêter. Le duc d'Aquitaine, Eudes, qui se vante de descendre de Clovis, et qui, jusque-là, vivait paisiblement du fruit de ses vignes et de ses oliviers, leur offre des vivres, de l'argent et sa propre fdle. Qu'ils l'aident à mettre la main sur les grandes familles austrasiennes, il sera leur allié ; qu'ils repassent les Pyrénées , et pour leur plaire il se fera musulman. Mais comment se faire écouter de ces Arabes qui ont devant eux et la grasse Aquitaine , et les sept riches cités de la Septimanie, et les trésors fameux de Saint-Martin de Tours ? Aux portes des villes les attendent les juifs, brocanteurs de butin, marchands de belles esclaves, toujours prêts à trahir les chrétiens. Bordeaux, Toulouse, Narbonne, Marseille, tombent aux mains de l'ennemi. Au bruit de l'invasion , les moines de Lérins retrouvent leur sainte énergie ; l'abbé renvoie en Italie seize enfants et trente-six adolescents trop jeunes pour le martyre , et il attend les musulmans à la tète de cinq cents religieux décidés à mourir pour la foi. Quatre seulement se cachent dans les rochers, et survivent pour raconter la mort glorieuse de leurs frères.
VII. Tandis que cette bande a ravagé tout le Midi, et que, remontant la vallée du Rhône, elle a pillé Lyon, Besançon et jusqu'à Sens, une autre marche surla Loire, prend Poitiers et menace Tours. En même temps, au nord, les cruels Frisons se révoltent, les féroces Saxons murmurent. Qu'arrivera- 1- il si les musulmans pénètrent jusqu'à eux, et leur apportent la loi de Mahomet, bien faite pour ces cœurs sauvages? Pépin d'Héristal venait de mourir ; son fils unique était en prison ; créatures d'Ébroïn, des évêques simoniaques jouissaient honteusement du bien des pauvres; les couvents, enrichis par le travail, se livraient à la chasse et aux festins ; la Neustrie depuis longtemps n'avait pas vu la fumée des camps barbares, et sur le trône restait, sous le nom de Chilpéric II, un de ces faibles Mérovingiens que les peuples, depuis des siècles, cherchaient vainement à relever par leur respect. Etaient-ils hommes à arrêter les Arabes, ces rois fainéants, ne sachant plus monter à cheval et mollement traînés par des bœufs ? Qu'ont-ils fait de la bravoure, de l'activité, de l'énergie de Clovis ? La paresse et la débauche ont consumé ce sang vigoureux, et aujourd'hui l'empire des Francs doit périr, ou bien, suivant l'Ecriture, le fds de l'esclave doit remplacer le fds du fainéant.
VIII. Le fds d'Alpaïde sort de prison; il s'appelle Charles, c'e=t-à-dire Gaillard, et bientôt de sa massue il écrasera tant de tètes que Marteau sera son surnom, Charles Martel. Avec lui marchent les guerriers fougueux d'Austrasie: D'abord à leur approche les villes se ferment; les cœurs honnêtes hésitent. Celui même qui l'a baptisé, l'évèque Bigobert, lui défend l'entrée de Metz, et, quand Charles l'appelle du pied des remparts, lui demandant à prier avec ses soldats dans l'église de la sainte Vierge, il lui répond qu'avant de lui ouvrir, il attend à qui Dieu donnera l'empire (717). Furieux et sûr de vaincre, Charles jure que Bigobert s'en repentira. 11 marche sur les Neuslriens, qui, après deux combats, mettent bas les armes (719). Leur roi, Chilpéric II, ne peut fuir assez vite, change de chevaux dans les pâturages, et va chercher un asile chez son cousin le duc d'Aquitaine. Mais