‹ Histoire de FranceChapitre 321 sur 339 · LIVRE Vil — NAPOLEON · texte numérisé non relu

LIVRE Vil — NAPOLEON

CLXII. Même aveuglement dans l'ordre moral. Si ce second mariage pouvait véritablement être autorisé, le pape seul était juge en dernier ressort de cette question sacrée, et nul pontife n'offrit jamais plus de garanties d'équité, de douceur, de bienveillance. Loin de le consulter et de chercher en lui la force que l'épée la plus glorieuse ne saurait conquérir, Napoléon le tenait captif, le faisait enlever de Rome et transporter à Grenoble, puis à Savone, abolissait hautement la souveraineté temporelle du saint-siège, et bravait les foudres de l'excommunication. Quelques cardinaux, ayant protesté contre ces violences en refusant d'assister à son mariage, se virent condamnés à la prison ou à l'exil; au mépris du concordat , vingt - sept évoques furent nommés sans institution canonique; en Italie, les ordres religieux furent dispersés , les biens ecclésiastiques confisqués, les cures et les évêchés supprimés par centaines. Mêmes excès en Espagne, où, divisés par l'égoïsme, fils de la tyrannie , et jaloux les uns des autres , les lieutenants de l'empereur faisaient main basse sur les tableaux ou sur l'orfèvrerie des couvents , et perdaient chacun leur temps à faire fortune ou à conquérir une gloire isolée.

CLXIII. Des revers étaient l'inévitable fruit de ces tiraillements. Les Anglais en profitèrent pour s'établir de plus en plus solidement en Portugal, et pour faire au cœur de l'Espagne de redoutables et victorieuses incursions. Mais, sauf celle infidélité, donl

Madrid capitule. ■■( reconnaîl le i"i Joseph. (P. ::.">*.,

Napoléon essayait de se dissimuler L'importance, la fortune continuait de lui sourire, et l'encourageait à de plus grandes folies encore , seules capables de renverser sa puissance. Wagram avait soutenu le prestige un instant ébranlé de ses armes. Fascinée par cette gloire qu'elle partageait, la France avait repris confiance dans l'étoile de son maître ;

l'Allemagne tremblait encore une fois devant lui; la Suède lui avait demandé pour roi un de ses généraux, protestant comme elle, le maréchal Bernadotte; les Polonais eussent été trop heureux de confier leur couronne au maréchal Davout; enfin, bien que refroidie, la Russie désirait la paix, et craignait d'être frappée à son tour jusqu'au fond de ses lointaines solitudes.

CLXIV. La naissance d'un fils vint couronner cette éclatante et perfide prospérité. De plus en plus aveuglé, Napoléon nomma cet enfant roi de Rome , nouvel outrage pour Pie VII prisonnier. A l'occasion du baptême, il convoqua un concile national dont il espérait opposer les décisions à l'autorité du pape : triste appel aux inslUutions représentatives, donl il avait plus que personne dédaigné les sullVages , et qui se retournèrent dans la suite contre son propre pouvoir. Alors que tout le monde était prosterné aux pieds du conquérant, dignes du souverain pontife, les évoques déployèrenl un murage inconnu de leurs contemporains, et exprimèrent unanimement le vœu que, connue gage d'une .paix sincère, Pie Vil fût mis en

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