LIVRE VII — NAPOLEON
de dicter encore, à lui seul, des lois ù l'univers. La guerre d'Espagne, qui n'était plus qu'une longue suite de malheurs , ne fut pas abandonnée ; le pape fut amené à Fonlainrbleau pour s'y voir arracher la souveraineté de Rome et l'institution canonique des évoques; l'empereur d'Autriche, sincèrement désireux de la paix, proposant sa médiation et son alliance pour réparer l'isolement de la France, n'obtint que des refus ou des promesses trompeuses. A cinq cent mille jeunes conscrits, instruits et équipés avec unemerveilleuse rapidité, de réparer les vides de la grande armée, de rétablir à Lutzen l'honneur de leur drapeau, de rejeter l'ennemi de l'Elbe sur l'Oder, et enfin de le forcer aux frontières de Bohème dans la belle position retranchée de Bautzen. Pour prixde cesvictoires, l'Autriche offrit à Napoléon de lui conserver la Hollande et l'Italie; en échange, il eût sacrifié les villes hanséatiques,
le protectorat de la Confédération du Rhin , et l'Espagne qui, à cette heure, était perdue. CLXXV. Le moment était solennel pour l'empereur. La centralisation administrative et les développements militaires, qui lui avaient permis de tenter des entreprises inouïes, l'avaient conduit à exposer les dernières ressources de la France et à lui préparer des revers également inouïs. A bout de sacrifices, le pays demandait impérieusement la paix. A moins de jouer ses derniers soldats et ses enfants de seize ans pour
une grandeur imaginaire, à moins d'être pour dominer l'Europe un maître de plus en plus violent, il fallait céder au vœu général et accepter des conditions dignes, après tout, de satisfaire un conquérant raisonnable. Malheureusement son pouvoir absolu le laissait libre de trancher ce grand débat et de décider seul , sans contradiction, sans obstacles ,
la ruine de sa puissance. Livré à lui-
tère impétueux lui permettrait - il de s'arrêter sur celte pente fatale? Après avoir été l'arbitredu monde, il allait devoir à l'Autriche ce qu'il garderait de ses conquêtes, et traiter d'égal à égal avec la Prusse, la liussie, l'Angleterre. Même une fois obtenu, ses ennemis se contenteraient-ils de ce premier sacrifice? Sous ce prétexte, qui flattait ces secrètes espérances, il éloigna de nou-
veau la médiation de l'Autriche, perdit ainsi le fruit de son mariage et sa
Désastre de l'armée française en Russie. (P. 364.)
dernière chance de salut, et contraignit son unique allié de se joindre à la coalition. De ce jour, peuples et rois s'unirent contre lui dans une guerre à mort, avec l'activité , le dévouement, l'enthousiasme que la France avait eus vingt ans plus tôt pour repousser l'invasion. Que laire contre l'Europe entière animée de telles passions?
CLXXVI. Cependant avec trois cent mille hommes répandus sur l'Elbe, l'empereur se 11; iL fait encore d'un côté de tenir tête à l'ennemi aux frontières de Bohème, de l'autre, de l'enfoncer au nord, de lui reprendre Ber-