‹ Histoire de FranceChapitre 327 sur 339 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

NAPOLEON

proche de l'ennemi d'une honteuse frayeur, Joseph Bonaparte et le ministre de la guerre n'avaient su armer ni un homme ni un canon. Après voir fait partir en toute hâte pour Blois l'impératrice et son fils , ils se sauvèrent eux-mêmes, laissant pour toute mesure un ordre de capitulation. Cependant il eût été facile de prolonger la résistance. Refoulé sur Paris avec une douzaine de mille hommes, Marmont avait, une journée entière, défendu la position de Romainville et abattu plus d'ennemis qu'il n'avait de soldats. A la fin, débordé par Charenton et Montmartre, acculé au mur d'octroi par des forces supérieures, il se fit jour le fusil à la main, à la tète de quarante grenadiers, et rentra dans Paris sans laisser un seul prisonnier. Profilant des ordres qu'il avait reçus, il signa un armistice, et promit d'évacuer la capitale. Repassant la Seine, ses troupes allaient renforcer la petite armée de Napoléon. Les Français n'étaient-ils pas entrés à Vienne et à Berlin, sans que le sort de ces peuples en fût compromis? Tout n'était donc pas perdu si, par son obstination à refuser la paix , l'empereur n'avait pas lassé les courages, épuisé les dévouements et fini parfaire de la guerre une question presque personnelle.

CLXXXIV. Dans Paris même, Marmont s'était vu assiégé d'ennemis plus difficiles à vaincre que les Prussiens ou les Russes. Pendant que de courageux volontaires y demandaient vainement des fusils et de la poudre , une foule élégante se pressait sur les boulevards, indifférente au bruit de la canonnade, souhaitant tout bas la victoire des alliés. Après avoir tout espéré d'un maître absolu, après lui avoir tout permis et lavoir encouragé par une longue servilité, beaucoup de gens, fatigués de son ambition , voulant la paix à tout prix , passaient , avec leur facilité habituelle , de lïdolàtrie du pouvoir au désir de le renverser par tous les moyens possibles. Ceux qui avaient fait aux émigrés un crime de leur recours à l'étranger, étaient les premiers à regarder les Russes comme des libérateurs et à vouloir profiter de l'invasion pour se débarrasser d'un régime importun. A leur tète s'agitaient plus d'un ancien révolutionnaire,

et, entre autres, deux prêtres renégats, Talleyrand et Fouché, que le 18 brumaire avait comptés parmi ses complices , l'empire parmi ses hauts dignitaires, et qui se donnèrent aux alliés pour les chefs, les représentants de l'opinion.

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