‹ Histoire de FranceChapitre 328 sur 339 · CLXXXV. Même division dans l'armée · texte numérisé non relu

CLXXXV. Même division dans l'armée

Napoléon y était encore adoré par les soldats, qui identifiaient sa grandeur avec celle de leur patrie, qui pardonnaient tout au général compagnon de leurs fatigues et de leurs périls, et qui, jusqu'au bout, mouraient joyeux au cri de : Vive l'empereur; mais il était secrètement à charge aux maréchaux, comblés d'honneurs et de richesses, las de combats et d'obéissance. Après tout l'empereur n'était que l'un d'entre eux; ils avaient fait sa puissance , ils pouvaient l'abandonner. Marmont et ses lieutenants donnèrent les premiers le signal de la défection, et entrèrent en pourparlers avec l'ennemi. Or, pour encourager les fidèles, pour contenir les ingrats, où était la force morale, qui seule fonde les dynasties, et qu'avaient amoindrie les attentats contre le duc d'Enghien, contre l'Espagne, contre le saint-siège? Qu'étaient devenus pour le grand nombre les sentiments d'honneur et de loyauté dont s'honorait l'ancien régime, et l'inviolable attachement dont il entourait encore les plus coupables, les moins heureux de ses rois? Il semblait que la nouvelle société n'eût élevé si haut son chef que pour le délaisser ensuite clans une adversité sans exemple. Impuissants à le sauver, les gens de cœur assistaient avec douleur au spectacle de ce génie hier adoré, aujourd'hui proscrit, renversé par ses propres fautes, trahi par ses seuls amis.

CLXXXVI. Cependant, en présence du lion qui pouvait encore se relever, les instants pressaient. Napoléon était à Fontainebleau, entouré de généraux hésitants, mais de soldats intrépides; les alliés dans Paris, au milieu d'une aristocratie rampante, mais d'un peuple indigné. Le soir même, les destinées de la France se décidèrent en un court entretien de Talleyrand et de l'empereur de Russie , d'un évèque marié et du petit-fils de Catherine II. Telle est la force de la vérité qu'elle

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